Ce podcast est sponsorisé par BlueBirds

Logo sponsor Bluebirds   AccueilContact

L’invisible

La spécialité de Tarkett dont il est question ce matin, ce sont les revêtements de sols et les surfaces sportives.

Nous les piétinons, les malmenons, nous trébuchons dessus sans même y prêter attention.

Nous y faisons tout. Nous y naissons, nous y courrons, nous y sautons à la corde. Nous y testons nos nouveaux escarpins et nos bottes, nous y roulons nos bicyclettes, nos carrosses et nos fauteuils. Nous y défilons le 14 juillet, nous y gagnons la coupe du monde, nous y posons nos meubles et nos cartons d’espoir et de souvenirs. Enhardis, nous traversons le vide de l’espace pour y goûter la poussière de la lune. Nous y jetons fatigués nos vêtements, nous y faisons l’amour parfois mais rarement. L’impatience ici est signe d’inconfort, de bleus et de brûlures. Elle est aussi un peu idiote, le canapé est à deux pas. Nous dormons dessus. Nous l’écoutons aussi ce sol. Les parquets qui craquent, le bruit des maisons et de la ville dehors au loin, c’est leur âme. Un jour, nous passons sous sa surface. « Poussez-vous donc un peu, place aux jeunes en quelque sorte ! » chantait Brassens à Sète.

Au mieux nos sols sont-ils sublimés comme dans nos cathédrales, à Sienne, Cologne ou Cambridge. Au pire, et c’est le plus souvent le cas, nous ne les voyons pas. Le sol est partout. Pourtant, il est invisible.

Moi qui vous demande souvent de lever les yeux et de regarder les étoiles, tournez la tête et baissez-les. Prenez quelques instants. Regardez à côté de vos pieds. La chaise a probablement marqué le bois. La moquette n’a plus la fraîcheur de ses premiers jours. Le carrelage s’est poli avec le temps, sa couleur aussi a changé. Les joints ont foncé. Ce sol nous a vu tout faire. Invisible et plus encore silencieux, le sol est notre premier témoin. Promis, il ne dira rien. Même sous la torture d’un verre qui se casse dessus, même usé par les assauts du temps, même attendri par nos larmes sur les lames du plancher, il restera de marbre. Le sol est invisible et muet.

Le sol est invisible et muet mais il entend très bien. Il écoute nos conversations, nos soupirs, nos silences et nos rires. Il aimerait bien nous parler mais les amis, les meilleurs, eux ne se sentent pas toujours l’obligation de prendre la parole. Ils sont là et nous ne leur demandons pas toujours davantage. A la plage, il écoute nu le ressac sans jamais se lasser. Au contact des vagues, ses grains se laissent secouer par la mer. Invariablement, ils reprennent position pour mieux plonger. En ville, il rêve peut-être comme moi d’océan, d’air iodé et de cris de mouettes.

Le monde est horizontal, invisible et muet, tout le contraire de ce que nos sens nous laissent croire.

Nous observons d’abord les murs verticaux et leurs portes cochères. Nous levons le nez vers le haut des gratte-ciels.

Nous voyons dans le visible. En dessous de 380 nm de longueur d’onde, c’est l’ultraviolet et un nouveau monde, celui des rayons gamma ou des rayons X. Evitez de trop les rencontrer ceux-là. Au-dessus de 780 nm, c’est l’infrarouge et un autre monde encore. Celui des micro-ondes et des ondes-radio, celles qui vous branchent à France Inter ou Europe 1. L’invisible est infiniment plus grand que le visible.

Et si vous me pensez trop aérien ce matin, vous m’accorderez j’espère que le monde manque cruellement de calme et de silence en ce moment. C’est comme si la Terre s’était muée en un bruit sauvage et continu. De Paris à Berlin, de Washington à Moscou, de Tel-Aviv à Téhéran, le monde a définitivement cessé de s’inspirer du silence de celle qui nous porte. L’ambiance du sol me manque, peut-être est-ce pour cela que j’aime à vous parler de choses simples depuis quelques temps, d’agriculture, de vallées montagnardes et aujourd’hui de ce qui nous empêche de tomber.

Je cherche en ce moment le silence des églises de Cabrel, la chanson scintillante du vent dans les mats des bateaux à Quiberon et ailleurs, la fécondité de l’absence de son racontée dans Les Contemplations. J’ai la faiblesse de penser que c’est un peu votre cas aussi. Voici ce que nous dit Victor Hugo dans la préface de son œuvre : « Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! »

Fabrice Barthélémy qui dirige Tarkett vous dira dans l’épisode du jour qu’il est en train de transformer une société mondiale vieille de 140 ans. Pas d’effet de manche, pas d’esbrouffe, juste l’envie de bien faire et de faire longtemps encore. Ce qu’il ne vous dira pas, c’est qu’à changer l’invisible, celui sur lequel nous marchons, il nous rappelle que beaucoup de nos changements sont invisibles.

Il a engagé le virage vers l’IA sans pour autant s’inscrire dans une logique d’investissements massifs. L’approche est volontairement ciblée et pragmatique, là où l’IA apporte une utilité concrète. Pas d’investissements en centaines de milliards, pas de nouvelles technologies de drone, pas de révolution médicamenteuse extraordinaire. Seulement de petits changements qui en deviennent grands, silencieux, muets aussi et qui font que pas après pas, sol après sol, imperceptiblement, notre monde change.

C’est vrai, j’aime l’idée parfois de changements radicaux, surtout dans un pays qui semble se refuser à entrer dans le XXIème siècle. Ce n’est pas la méthode Tarkett qui embrasse le changement par nature et trouve sa force avec le temps. Du reste, pensez à ces petits oui et ces petits non qui ont tout changé. Ce « non » de Rosa Parks, inconnue, qui refusa de céder son siège à un passager dans le bus et qui par effet domino fonda de nouveaux droits civiques aux Etats-Unis. Ce « oui » que vous avez prononcé un jour à celui ou celle que vous aimez ou que vous avez aimé et qui façonne encore votre vie. Vous êtes inconnu, moi aussi. Nous le resterons et c’est très bien ainsi. Nos petits oui, nos petits non et les changements qu’ils augurent construisent tout.

L’invisible, la prière ou la méditation, le silence n’ont rien d’extraordinaire. Pourtant ils me nourrissent. Ils sont ma sève et la vôtre. Nos acceptations, nos renoncements, nos sourires, nos paroles, nos gestes, tout ce dont aucun vivant, aucune mémoire, aucun livre ne se remémore, tout cela fait corps et bâtit le monde. Lui est bien là, visible, de chair et d’os.

Je lui préfère souvent le monde invisible : des baisers invisibles, des gestes invisibles, des métiers invisibles, des progrès invisibles, des décisions invisibles, des joies invisibles, des marches invisibles.

Tout cela, tout cela sur des sols invisibles.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 7 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.

logo bluebirds