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De l’indulgence

Cela faisait quelque temps que je n’avais pas entendu ce mot, indulgence. Il arrive au milieu de l’épisode de la semaine. Nous avons diffusé mardi dernier ma rencontre avec Cathy Collart-Geiger, Directrice Générale de la Maison Nicolas.

En nous offrant un verre ou en l’offrant à notre voisin, nous nous offrons ou nous offrons un moment de convivialité nous dit Cathy. Ce moment est aussi une gorgée d’indulgence. Ce verre, ce moment, cette parenthèse, je peux me l’offrir. Mieux, je peux vous l’offrir. Il ne changera pas la vie mais il la changera pendant quelques instants. Le temps s’arrêtera, celui que nous fuyons, celui où nous courrons, celui où nous nous soucions. Une pause débutera, celle que nous attendions, celle à qui nous sourions et à laquelle nous ouvrons volontiers la porte. Derrière cette porte se tient sa copine l’indulgence.

On est indulgent à l’égard de celui qui a commis une faute. Mais à qui la faute ? Aux autres pardi !

Les autres, c’est l’enfer, c’est bien connu. Eux ont bien le droit à un peu d’indulgence. Il leur en faudra pour ne pas sortir trop rôti d’une vie faustienne et frapper aux portes du Paradis. Pierre, soyez indulgent. Proposez-leur un verre, juste un, histoire d’avoir un avant-goût de ce qui les attend. Ils méritent que vous leur ouvriez vos portes. Ils ont bien assez expié. Tous méritent le repos de l’âme et du corps dont vous tenez les clefs. Et s’ils sont encore au royaume des vivants, accordez-leur de jouir entre amis d’un verre ou deux. Accordez-leur aussi votre indulgence quand ils oublient un soir que l’alcool est comme le chocolat ou un bain de soleil. En abuser fait mal à la tête et au corps.

Mais moi ? Au nom de quoi devrais-je être indulgent envers moi-même ? Je ne suis pas parfait. Je suis homme, je suis femme. Mon imperfection ne fait pas de moi un fautif ou une fautive. Personne n’est parfait, je n’ai besoin de l’indulgence de personne, et surtout pas venant de moi-même. Je pourrais faire mieux, faire plus, plus vite. Et après ? Tout cela nécessiterait-il de l’indulgence ? Je ne le crois pas.

L’imperfection est humaine, pourquoi faudrait-il être bienveillant et pardonner ce qui fait la nature de l’homme ? L’homme et la femme ont bien croqué à la pomme. Nous en avons fait tout un roman la semaine dernière, nous n’allons tout de même pas recommencer. L’indulgence est née en même temps que le péché originel. Elle est la sœur aînée du pardon parce qu’elle le précède toujours. Non non, l’indulgence pour les autres, avec plaisir. Ils en ont bien besoin. Mais moi, rien. Ni pardon, ni indulgence. Epargnez-vous ces peines et réservez-les aux autres. Ils en ont davantage besoin que moi. Réservez-moi votre exigence, votre critique, votre attente, votre écoute, votre sourire, votre parole, vos envies, vos secrets, vos mystères, vos étoiles. Non, vraiment, pas votre indulgence.

Pourtant si ce mot m’a semblé si doux c’est qu’il contient une part de vérité. Tu te trompes forcément Martin, même un peu, même une goutte. Alors pourquoi m’offrir quand même de l’indulgence ?

Ah, cela y est, je sais. On n’est pas indulgent avec soi, on est indulgent avec celui que l’on aimerait être et que l’on n’est pas. (Peut-être est-ce même l’opposé à y regarder de plus près. Je ne sais plus bien.) Il ne se tient jamais loin celui ou celle que l’on aimerait voir dans le miroir. Mais voilà, il n’est pas tout à fait là. Il nous dit quoi faire, quoi dire, quoi penser. Parfois nous l’écoutons, parfois moins, parfois pas du tout. Sois indulgent avec celui que tu n’es pas Martin. Il brille par son absence, mais il est le meilleur de toi-même. Lui sait être léger quand il faut l’être et sérieux à d’autres moments. Lui sait ajuster ses efforts, il n’en fait ni trop ni trop peu. Il est courageux mais pas téméraire. Il appelle ses amis, sa famille, ses enfants. Il chuchote à l’oreille de sa femme. Il convainc ses clients, son équipe, ses partenaires. En un mot, il est fort.

Parfois, au détour d’une conversation ou d’une main tendue, le meilleur de moi-même apparaît soudainement. Il m’arrive de me faire la remarque. Dans ces moments-là, je me fais une tape dans le dos. Je suis certain que vous aussi, régulièrement, souvent, (tous les jours ?), vous vous dites que vraiment vous assurez ! Et bien vous avez raison ! N’attendez pas que l’on vienne vous féliciter, cela viendra bien trop tardivement ou jamais. Commencez par vous féliciter et fêtez cela le soir en rentrant à la maison. Offrez-vous un verre, vous le méritez. Trinquez avec votre moitié ou appelez des amis.

Je ne suis pas tout à fait celui que je devrais être. Je suis seulement moi, c’est déjà bien assez. Ma bienveillance, ma tolérance, mon indulgence, je les dois à ces deux moi qui se regardent tous les jours en chien de faïence. Cette coupe de champagne, ce verre de vin, cette bière réconcilient mes deux moi. L’un, intérieur et invisible, se tait et prend seulement plaisir à humer les vapeurs s’échappant du verre. L’autre, celui qui écrit ces lignes ou les lit soulève ce verre frais, observe les bulles monter à la surface. Il les porte à ses lèvres, les maintient emprisonnées sous le palais, les sent tentant de s’échapper, les déglutit. Il goûte le liquide froid couler intérieurement et déjà réchauffer son cœur. Des billes jouent au flipper entre la langue, le palais et les joues. Les tanins s’agrippent à la bouche et aux gencives. En expirant, les vapeurs restées prisonnières cherchent à s’enfuir. Elles prennent les voix nasales parfois. De quelle indulgence me parlez-vous ? Plaisir et indulgence peuvent se tenir la main. Mais de grâce, n’allez pas les dissoudre comme l’alcool dans l’eau. Le premier se ressent, la seconde se pense.

Etre indulgent avec soi-même, c’est aussi regarder les autres et se dire qu’ils sont tout sauf l’enfer. Nietzsche avait tout faux. Les autres sont le salut d’une vie réussie. C’est pour cela qu’un verre est meilleur quand il se boit à plusieurs.

Un moment d’indulgence est meilleur à plusieurs, comme la plupart du reste d’ailleurs. 

Une coupe de champagne, un blanc sec et froid, un Bourgogne du bon millésime ont un autre goût quand ils sont partagés. Ils sont le ferment des souvenirs.

Souvenirs lointains de mes premiers verres de vin avec mon père qui ne ratait jamais une occasion de sortir une bonne bouteille. Je lui dois d’apprécier aujourd’hui un grand vin. Souvenirs de mes soirées étudiantes découvrant le whisky coca pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur est d’en avoir partagé plusieurs avec celle qui allait m’épouser. Souvenirs de soirées exclusivement au champagne comme cette nuit où avec deux amis nous fêtâmes nos 40 ans. Souvenir de ce restaurant dont j’ai définitivement perdu le nom où, à quatre, les plats se succédèrent accompagnés de vins différents. Souvenirs des premiers alcools forts qui apparurent dans les bras de mes enfants devenus adultes. J’étais moins inquiet de les voir grandir que de me voir vieillir.

Souvenir de ce voyage à Porto avec BlueBirds. Une bouteille du même nom, ouverte, a pris place dans la cuisine. Quand passent des voisins à la maison, nous l’ouvrons.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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