Un yop !
« T’as craché dans ton Yop ! T’as pas fait cela ?! » criaient les enquiquineurs derrière un ado accroché à sa bouteille rose et blanche dans une publicité que Gaël Durand m’a rappelée dans notre entretien du jour. Yop appartient à Yoplait, cela aussi je l’avais un peu oublié.
Moi, c’était Yop fraise ou framboise. J’en ai bu des hectolitres.
Découvrant aussi dernièrement que ces boissons provenaient des sociétaires de la marque à la fleur, je me réjouis de savoir que par une forme de magie le lait ait fait pendant des années un drôle de chemin depuis le pis des vaches jusque dans mon gosier et tout cela en nourrissant le grand bonhomme que j’allais devenir en même temps que nos éleveurs. Les produits laitiers sont nos amis pour la vie disait aussi la publicité. Cela m’avait toujours semblé couler de source. Dans mon cas et celui de mes frères et sœurs, « une soupe tous les soirs, un yaourt ou un fruit, les dents et hop, au lit ! » nous rappelait quotidiennement maman les soirs d’hiver.
Yoplait est une coopérative mais cela n’aurait pas ému le jeune homme que j’étais. Seul importait pour moi le goût et je dois bien le reconnaître, le format. Etait-ce un demi-litre ou davantage ? Un Yop se boit d’une traite, c’est de la gourmandise pur jus.
On est très yaourt chez les Videlaine, on est très lait. C’est au point qu’il m’arrive de m’offrir une madeleine de Proust version lait aromatisé de la fin du XXème pour retrouver quelques bribes de souvenirs adolescents. Peu de produits prêts à consommer m’évoquent à ce point cette période de ma vie. Après une ou deux gorgées, le liquide nappe toute la bouche. Moins liquide que du lait, moins ferme que votre yaourt nature, un Yop est un Yop. Il est unique, comme ces années où les Playmobil perdirent définitivement mon attention. Les filles devenaient plus intéressantes.
L’enfance est un paradis que l’on quitte pour ne jamais y revenir. Yop m’a aidé à la quitter avec des arômes de fruits rouges, une légère acidité et beaucoup de douceur. Et puisque l’on se dit tout ou presque, j’ai été un adolescent heureux. Yoplait y est-il pour quelque chose ? Je n’en suis pas certain mais laissons planer le doute. Mes déjeuners hors du collège et du lycée à m’approvisionner d’un sandwich, de quelques bonbons et d’un Yop, à jouer au flipper dans le bar du coin, à jouer les grands, parfois à retrouver la copine du moment qui ne semblait pas gênée de partager la bouteille avec moi, voilà quelques souvenirs que j’espère ne pas être trop impudique à partager avec vous ce matin. Vos propres souvenirs sont-ils si différents ?
Gaël n’en voudra pas à l’adolescent un peu bêta que j’étais d’avaler d’une traite sa bouteille de yaourt à boire sans se préoccuper des vaches qui lui avaient permis de regagner quelques calories avant de rejoindre son prochain cours de maths.
Un adolescent et les vaches, comment vous dire ? C’est au mieux deux étrangers en train de se regarder en chien de faïence. C’est au pire, les rires gênés du premier répondant aux meuglements des secondes dont la propreté est parfois supérieure à notre progéniture masculine en train de devenir mâle adulte.
Pourtant, les vaches, nous les aimons. Moi, je les aime bien les vaches.
La Noiraude
Pollux avait trouvé dans son manège enchanté une super copine. Rappelez-vous Azalée. Elle mâchouillait une fleur dans la gueule – je n’ai pas compté les pétales – et souriait tout le temps. La Noiraude voulait devenir une biche et appelait le vétérinaire pour lui demander conseil. « Allo docteur, c’est la Noiraude !» Moi je la trouvais bien jolie habillée en noir et blanc. Elle était rigolote, parfois intrigante. J’avais un faible pour elle avec ses mains sur les hanches, l’air déterminée. Et puis j’ai ri en découvrant Otis la vache à la voix masculine dans la Ferme en folie. Il s’amourache de Daisy, elle-même vache, rose et bien plus féminine. C’était déjanté, c’était frais, c’était drôle. Vraiment, les vaches, c’est sympathique.
Chez nous, la vache a son territoire. On entend ses cloches l’été dans les alpages. Elle nous rappelle que la lenteur, la verdure, les traditions ont parfois du bon. La vache est partout. Dans nos campagnes, à la montagne, le long des trains quand nous levons la tête une minute de nos écrans pour regarder les paysages. Elle est là aussi le matin tôt dans l’herbe mouillée à se frayer un chemin dans le brouillard matinal. L’odeur de la vache, c’est l’odeur d’une vallée, de la terre humide de rosée à l’aurore, des bouses dans les champs et les prés. Elle est là, imperturbable, museau humide, à baisser la tête puis à la relever dans un geste mille fois renouvelé qui nous ennuierait à force. Sa placidité nous rassure.
Sodiaal
Yoplait est détenu par une coopérative, Sodiaal. Le lait de Yoplait n’est pas seulement le lait de ses fournisseurs, c’est le lait des vaches de ses actionnaires. Eux vivent parce que sans eux Yoplait ne serait pas et sans Yoplait eux ne seraient pas. C’est une chose d’être dans une relation client-fournisseur. C’en est une autre d’être dans une relation sociétaire-société. Rappelez-vous en la prochaine fois qu’une nouvelle polémique sur le prix du lait occupera les premiers titres du 20h00. « Chez nous, le prix du lait n’est pas une contrainte, c’est un objectif » nous dit Gaël.
L’avenir de l’agriculture est-il seulement dans la coopérative ? Je ne le crois pas mais une chose est certaine. L’avenir de l’agriculture est aussi dans la coopérative. Il faut la remercier d’avoir eu la géniale idée de créer Yoplait. Moi, je remercie Yoplait d’avoir eu la géniale idée de lancer Yop !
Martin
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