Folie Douce
J’interviewe cette semaine Pierre Salzman Directeur Général du CIC pour la région Nord Ouest. Le CIC est filiale du Crédit Mutuel, l’une des cinq grandes banques françaises. Politesse oblige auprès de Pierre qui aura relu ces lignes, je ne les nommerai pas. Interrogez le Chat, il vous les précisera.
Le dernier rapport annuel du Crédit Mutuel indique 34,8 millions de clients. Quand même! On ne le dira jamais assez, le Crédit Mutuel est détenu par ses clients, près de 9 millions d’entre eux. Que vos actionnaires soient aussi vos clients change absolument tout. Rigolo de voir que les modèles coopératifs se soient épanouis dans deux secteurs a priori éloignés l’un de l’autre : la banque et l’agriculture. Jacques Bourgeais nous le raconte à sa façon dans un ancien épisode de la Cavac. Aujourd’hui, c’est Pierre avec le CIC.
J’étais content de renouer contact avec Pierre que je connaissais de ma première vie professionnelle. J’ai retrouvé l’homme que j’avais laissé : souriant, disant les choses simplement, chaleureux. Pierre est un banquier cool si le mot « cool » peut s’attacher à un banquier. Sa cool attitude n’enlèvera rien aux contraintes de son métier ni aux exigences de ses clients, mais reconnaissez qu’avoir le sourire en face de vous est toujours plus agréable qu’une grise mine dans un costume gris.
Parce que le monde bouge
Le CIC se dit la banque d’un monde qui bouge. Le moins que l’on puisse, c’est qu’elle a eu le nez creux en choisissant ce slogan. Le monde bouge certes, mais qu’il bouge vite en ce moment! En attendant cette semaine mon train pour Lyon et rejoindre le salon Global Industrie, j’ai pris le temps de jeter un œil sur les journaux d’un kiosque en gare. Ils affichaient tous ou presque le nouveau Président des Etats-Unis et titraient le joyeux bazar qu’il met sur la planète en plus de sa recherche de la paix en Ukraine. Le nouveau Président des Etats-Unis est âgé de 78 ans mais j’ai du mal à le suivre. Je ne suis pas le seul me dit-on.
Le monde n’a jamais bougé aussi vite. Etrange paradoxe : le printemps frappe à nos portes et les jours rallongent. La Terre peut-elle tourner plus vite et en même temps les jours compter davantage d’heures ? J’en ai un peu le tournis.
Dans le grand chambardement de notre ère, il ne vous aura pas échappé que nous cherchons à réarmer le pays et l’Europe. Il ne vous aura pas échappé non plus que son financement est au cœur des discussions. Nous n’en parlons pas avec Pierre. Notre enregistrement a eu lieu il y a un mois, autant dire un siècle. Je le regrette, je l’aurais volontiers interrogé sur le sujet.
Dans les différentes options qui s’offrent au Gouvernement, l’une d’entre elle émerge : celui d’un emprunt directement auprès de la population. L’Etat vous proposerait d’investir votre épargne dans un prêt qu’il s’engagerait à vous rembourser modulo quelques intérêts. Un « grand emprunt » version 2025. Qu’en pensent les banques à qui l’on demanderait vraisemblablement de jouer le rôle d’intermédiaire pour en assurer la commercialisation ? Il faudra que je revoie Pierre pour le lui demander quand le projet avancera s’il avance.
Le monde bouge vite, et pas de doute que le CIC aura du pain sur la planche dans les prochaines années. Il y en aura des choses à financer : l’UE, Etat, l’industrie, les paiements en 4 fois sans frais à la caisse de notre supermarché. Il y en aura des nouveaux produits bancaires à proposer : l’investissement dans les sociétés non cotées, la construction de centrales de production d’hydrogène, les cryptos. Il y en aura des défis à surmonter en interne : la digitalisation des services, l’IA, la cybersécurité, le quantique qui s’il advient remettra en cause la plupart des mécanismes de chiffrement bancaire dont notre bon vieux code Carte Bleue.
Demandez à Pierre pourquoi les banques s’intéressent de si près aux technologies quantiques, il aime les mathématiques. Les clés de chiffrement de nos codes quotidiens reposent sur la combinatoire de nombres premiers. Un nombre premier n’est divisible que par lui-même ou un. 7 est premier. 9 n’est pas premier, il est divisible par 3. C’est facile de multiplier les nombres premiers entre eux. C’est beaucoup plus difficile d’identifier les nombres premiers qui multipliés entre eux constituent un nombre que l’on vous communiquerait. Il n’est pas évident de savoir que 106059 est la multiplication de 101, 103 et 107, eux-mêmes premiers. Si vous disposez d’un calculateur quantique en état de fonctionner, craquer 106059 et retrouver les nombres premiers qui le constituent devient envisageable. Ce même calculateur vous ouvrirait à peu près toutes les portes fermées par une clé numérique : votre CB donc, mais aussi les accès à tous vos comptes online et d’autres choses plus sensibles encore.
Azraël et Rantanplan
Anecdote de l’anecdote, certains codes résistent aux attaques d’ordinateurs quantiques. Dans l’hypothèse de l’avènement de l’ordinateur quantique, les États-Unis ont pris des mesures législatives pour préparer leurs institutions aux menaces que sont ces ordinateurs en devenir. Une loi en la matière, le National Quantum Initiative Act, a été promulguée en 2018. Ne me demandez pas si une loi comparable existe en France, je risque de perdre mon calme dominical. Le palais Bourbon débattait il y a encore quelques mois d’avantages fiscaux pour les détenteurs de chats et de chiens. A chaque Nation ses préoccupations premières. Le législateur ne s’est pas préoccupé du sujet mais le Gouvernement n’a pas été immobile. Si le sujet vous intéresse (le quantique, pas Azraël ni Rantanplan), allez voir par exemple Cryptonext Security ou le fonds Quantonation. Un nouveau monde s’ouvrira à vous! Lui avance avec des technologies se déplaçant le plus souvent à la vitesse de la lumière.
Le monde bouge vite mais voyez-vous, j’aspire à un peu de lenteur en ce moment.
Vous recevrez cette lettre à 8h30 un dimanche. Je suis souvent levé à cette heure. Cette fois, je serai au chaud sous la couette. Pas de Youtube. Pas de LinkedIn. Pas d’Echos. Pas de news.
Je me réveillerai avec mes découvertes musicales de la semaine. Je tenterai d’échapper à la folie douce du monde en train de naître.
« Bouge-toi ! » se mettra aussi à chanter ma petite musique interne. Je me lèverai. J’irai embrasser la famille. Les fleurs printanières me regarderont depuis le jardin en contre-bas. Elles me souriront. Peut-être me feront-elles un clignement d’œil l’air de dire « Ne t’inquiète pas Martin, nous serons toujours là. »
Il y aura toujours quatre saisons. Pas de doute, le printemps reviendra toujours après l’hiver. Voilà un rythme qui ne changera pas de sitôt !
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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