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La voiture redeviendra un luxe

J’ai traversé la vallée de l’Arve près d’une centaine de fois avant de découvrir son nom il y a peu de temps. 

Annemasse, La Roche-sur-Foron, Cluses, Sallanches, ont la couleur blanche des hivers passés chez ma grand-mère qui avait eu le flair et les économies il y a un peu plus d’un demi-siècle de se faire construire un chalet aux Contamines-Montjoie. Ma grand-mère et le chalet ont disparu mais pas les souvenirs. C’est toujours le cœur un peu serré que je me rends dans le coin. 

La confiture maison

Les biscottes à la confiture maison, les descentes en ski l’hiver jusqu’à la fermeture des pistes, les balades l’été sur le GR pour faire le tour du Mont-Blanc, tout cela était bien loin de l’activité industrielle en train de tourner sous mes pieds, dans la vallée d’une rivière lui ayant donné son nom.

J’ai donc découvert le nom de la vallée de l’Arve dans un livre que j’ai déjà cité à plusieurs reprises dans cet edito : 1995-2015, la Désindustrialisation de la France. Pour celles et ceux qui découvrent, allez écouter Nicolas Dufourcq qui en est l’auteur dans l’un de nos podcasts

Nicolas le dit très justement dans son ouvrage. La vallée de l’Arve est un des rares endroits en France où vit encore un écosystème de sociétés industrielles se servant les unes les autres. La vallée a survécu à la désindustrialisation de notre pays. Elle nous rappelle que les industriels vivent en écosystème. Quand elles partent, elles partent toutes ensemble. Quand elles arrivent aussi. C’est ce qui rend nos efforts pour réindustrialiser le pays particulièrement difficiles. On ne fait pas venir un industriel seul, ou rarement. Il faut une locomotive qui tirera tous ses fournisseurs. Le meilleur exemple récent est vraisemblablement les giga-factories de batteries pour voitures électriques. Elles font vivre tout un écosystème de sociétés fournisseurs.

« On est en guerre économique et industrielle. On a besoin d’un écosystème et de se battre contre nos concurrents chinois qui font du dumping et qui possèdent dix ou quinze ans d’avance sur les matières premières, le raffinage, la chimie. Il faut vraiment qu’on travaille ensemble. » disait Frédéric Przybilski, vice-président industriel d’ACC lors de l’inauguration de la toute première giga-factory à s’être implantée en France près de Lens. 

La Haute-Savoie autrement

Déjà bien remplie, trop étroite, trop loin des ports et des hubs logistiques, la vallée de l’Arve ne fera jamais concurrence aux Hauts-de-France devenus leaders en métropole pour l’accueil de ces méga-usines. Envision AESC (Douai), Verkor et Prologium (Dunkerque) s’installent dans la même région pour des investissements dépassant à chaque fois le milliard d’Euros. 

Mais s’il faut un ou plusieurs leaders pour encourager les autres à les suivre, pas besoin non plus d’opérer une méga usine pour être ce leader. Bontaz, dont j’interviewe le Directeur Général Daniel Anghelone cette semaine, l’illustre très bien. La société emploie aujourd’hui 500 personnes dans la vallée et est devenue mondiale en même temps que ses clients devenaient eux-mêmes mondiaux, à peu près au moment où ma grand-mère construisait son chalet.

Bontaz est née de rien, seulement de l’envie de son fondateur Yves Bontaz de fabriquer des pièces de moteurs thermiques. Vous pourriez vous dire que la société, connue seulement de Cluses, des villes qui accueillent sa vingtaine d’usines dans le monde et de ses clients n’a qu’un intérêt relatif. Vous auriez tort.

Bontaz, c’est l’histoire d’un homme et de son fils partis de rien qui ont travaillé toute leur vie et tout risqué pour arriver là où ils sont.

Bontaz, c’est l’histoire d’une région comme vous et moi ne la connaissons pas, loin des sentiers de montagne, du ski l’hiver et de chocolats chauds le nez encore froid.

Bontaz, c’est l’histoire de visionnaires qui ont suivi, parfois anticipé les exigences des Renault, BMW, Volkswagen et consorts. L’histoire de Bontaz, c’est un peu l’histoire de l’automobile en France et dans le monde.

Bontaz, c’est l’histoire d’une société qui embrasse les changements de notre planète. Elle répond à tant de questions et d’autres encore.

Nous qui avons servi les véhicules thermiques, comment allons-nous servir les moteurs électriques ? Tout est à reconstruire.

Nous qui avons servi les constructeurs automobiles, est-il temps de nous mettre à servir d’autres industries ? Tout est à penser.

Nous qui pensions que les ressources ne seraient jamais un problème, comment nous préparer à un monde de rareté ? Rareté du pétrole, rareté des métaux, rareté d’accès à certains marchés, rareté des compétences. 

Comment faire notre part pour freiner la fonte des glaces juste à côté de chez de nous ? L’Arve s’agite de cette fonte, elle ne serait pas moins belle si elle s’agitait moins. 

Vers l’essentiel

Il fallait que je me rende adulte dans un lieu un peu perdu de mon enfance pour me rendre compte qu’il n’avait rien de perdu. C’est moi qui ne voyais rien, aveuglé par mon jeune âge et le confort que m’offrait ma grand-mère et mes parents avec elle. Bontaz regarde notre monde et l’éclaire. Elle illumine sa vallée et nous aide à mieux voir notre avenir commun. 

Si vous nous écoutez Daniel et moi aujourd’hui, vous comprendrez un peu mieux comment et pourquoi notre monde change. Daniel le dit très simplement mais mesurons-nous la portée de ses paroles ? Le monde dans lequel nous entrons n’aura pas grand-chose à voir avec celui que nous connaissons. Dans un monde de rareté, tout ou presque devient un luxe. « La voiture redeviendra un luxe » nous prévient-il.

Dans un monde de rareté, on a moins. Dans un mon de rareté, ce qui est inutile disparaît en premier. Le superficiel et le gadget font leurs valises ensuite. Et l’essentiel réapparaît. Depuis que je rencontre des dirigeants dans ce podcast, depuis que j’écris ces lignes, j’ai acquis une conviction : l’économie de demain sera une économie de l’essentiel. Les avancées technologiques serviront de plus en plus cet essentiel. Ma rencontre avec Daniel m’a renforcé dans cette conviction. Nous nous dirigeons vers une société de l’essentiel.

La bonne nouvelle dans tout cela ? Le monde ne sera pas seulement très différent comme nous dit Daniel ou centré sur l’essentiel comme je le pense, il sera meilleur s’exclame aussi Daniel. Au ton de sa voix, vous comprendrez qu’il ne fait pas là d’auto-conviction. Il y croit. Et vous ?

Un épisode absolument passionnant.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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La société de l’essentiel, un monde en mutation profonde

Daniel Anghelone, Directeur Général de Bontaz

Bontaz

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La société de l’essentiel, un monde en mutation profonde