Le verre à moitié plein
« Je suis une espèce de zèbre, pharmacienne, HEC, née au siècle dernier ! » voilà les premiers mots de Karine, rouge à lèvres rouge vif, yeux bleus et sourire jusqu’aux oreilles après avoir branché le micro.
Karine ne semble pas complexée par quoi que ce soit. Elle vous raconte son âge, sa vie, son mari, ses enfants – ce qu’elle a fait de mieux -, sa maladie qui l’a isolée à l’hôpital un an alors qu’elle avait 13 ans et lui a fait prendre 30kg. Karine se met à nue sans même que vous vous lui demandiez comme vous vous déshabillez devant votre médecin.
Avec Karine, nous parlons aujourd’hui de maladie, mais nous parlons aussi beaucoup d’espoir dont vous sentirez qu’il est à portée de main. Tout cela est fait avec justesse, beaucoup de tact et toujours dans la bonne humeur. J’ai ri avec Karine bien que nous nous découvrions l’un l’autre. Nos yeux se sont embués aussi lorsque nous avons évoqué le premier bébé que son équipe et elle ont sauvé.
Un verre de San Pellegrino
Si vous nous écoutez, vous découvrirez une femme de 56 ans qui ne fait décidément pas son âge. Karine pétille de vie, ses paroles sont fraîches comme un verre de San Pellegrino à la terrasse d’un café l’été.
Après un début de carrière chez des marques mondiales de cosmétiques et de luxe, elle fait sa « middle life crisis » comme elle dit et embrasse la santé. Elle lance à partir de rien l’Institut Imagine dont la mission est de trouver des traitements contre les maladies génétiques. La plupart d’entre elles sont détectées enfant. On a un peu tendance à ne pas en avoir conscience quand ces sujets sont loin de notre quotidien, mais les maladies génétiques sont des maladies enfantines. Allez voir, l’Institut Imagine est un projet superbe.
Finis donc les rouges à lèvres, les parfums et les crèmes hydratantes, place au système immunitaire, aux stratégies de traitements, en un mot, à la médecine. Karine repart sur les bancs de la fac. A un moment donné, l’énergie et l’audace ne suffisent plus, il faut apprendre.
« Ce premier projet m’a permis de découvrir un environnement que je ne connaissais pas. J’ai enlevé mes boucles d’oreille et mes talons pour me fondre avec les chercheurs et les soignants. Cela n’a servi à rien. J’ai remis mes boucles et mes talons et ai cultivé ma différence ! » lance-t-elle.
Au fil des rencontres, à force d’enchaîner les heures et de cultiver cette différence qui fait d’elle un ovni, Karine se fait de plus en plus utile. De plus en plus visible aussi. Elle rencontre deux femmes Marina Cavazzana et Isabelle André qui deviendront ses associées. Le projet Smart Immune naît. Elle nous en raconte l’histoire aujourd’hui. Smart Immune développe des solutions de reconstitution accélérée de notre appareil naturel de défense, les lymphocytes T. Avec Smart Immune, Karine et son équipe espère sauver des vies et éviter des mois d’isolement à des patients, surtout des enfants, enfermés dans des chambres stériles dans l’attente que leur système immunitaire reprenne des couleurs.
Bill & Melinda Gates
Smart Immune n’a pas encore le droit de commercialiser ses solutions. Alors Karine nous raconte le chemin qui mènera à cette ultime étape. Il lui aura fallu plus de 15 ans, pas un Euro de chiffre d’affaires, plus d’une centaine de millions d’Euros d’investissements, le soutien de la fondation Bill & Melinda Gates qui voit dans son projet un chemin vers la guérison du Sida, mais également et surtout l’aide de l’infrastructure publique dont l’hôpital Necker.
« En plus de 10 ans, nous avons sauvé une trentaine de patients et nous n’en avons tué aucun ! » s’écrit-elle à moitié en riant. Karine est comme cela. Elle est légère comme les bulles qui remontent à la surface de votre verre de San Pe. Sans sourciller, elle évoque les 90 000 nouveaux cas annuels de leucémies en Europe et aux Etats-Unis. Puis ajoute dans la foulée: « Nous espérons en sauver environ 7 000 ». Moi j’encaisse, je vois la maladie, la souffrance et la fin des autres. L’éternelle histoire du verre à moitié vide et à moitié plein. Karine est un peu comme les Rita Mitsouko. Plutôt que de pleurer leur amie emportée par la maladie, ils ont trouvé l’énergie d’écrire l’un de leurs rocks phares. Allez les écouter plus bas dans cette lettre.
Karine est une leçon de vie à elle toute seule. Elle regardera toujours le verre à moitié plein. Même s’il ne reste que 10% d’eau dans son verre, elle regardera ce qui lui reste, pas ce qui est parti.
Faut-il avoir été malade enfant pour se dévouer corps et âme à la guérison de nos malades ? Faut-il être fille de professeur pour tant aimer apprendre et continuer d’apprendre ? Faut-il être passée par le privé pour marier intérêts privés et intérêt général ? Cela a dû aider, aucun doute, mais je ne le crois pas.
Il faut être rare, avoir ce petit supplément d’âme, ce petit plus qui fait que l’on a envie de vous suivre.
Il faut savoir embrasser des univers qui gagnent à mieux se connaître et tirer le meilleur de chacun : le privé et le public, l’Europe et les Etats-Unis, la philanthropie et le profit, l’investissement par milliards et les patients par milliers, l’enfance et l’expérience des années, la maladie et la guérison, la vie et la mort.
Et par dessus tout, l’espérance.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
Smart Immune, l’espoir d’une révolution immunitaire
Karine Rossignol, PDG et Fondatrice de Smart Immune
SMART IMMUNE
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