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Le loup et le chien

I’m driving home for Christmas chantait Chris Rea. Quitter le bureau le soir de Noël a toujours un goût particulier. Nous le connaissons tous. Rappelez-vous, c’était il y a quelques semaines à peine. L’air était plus léger. La terre était moins lourde. L’envie de rentrer était plus pressante encore. Nous avions hâte. Pourtant, c’est un geste banal que nous faisions-la : rentrer chez nous et embrasser la famille. Chris Rea a rejoint depuis peu les arcs-en-ciel qu’il chantait depuis mon adolescence. Il y avait, il y aura toujours chez le chanteur l’art de mettre en musique le quotidien. Et sa voix. Oh sa voix. J’ai une fâcheuse tendance à me laisser séduire par certaines voix féminines. L’artiste américain fait partie des exceptions masculines. La voix de Chris Rea, c’est d’abord un grain bien à lui. Une douceur qui m’inspire. Des graves qui ont dû donner quelques torticolis à la gente féminine, comme ceux de Tony Joe White que j’ai découvert grâce à lui. Et puis bien sûr sa guitare. Il est parti. Je suis là. Et vous me lisez.

Ces lignes sont ma façon de lui dire adieu et de le remercier. La musique berce toujours mon écriture et Chris Rea a toujours une petite place dans les mélodies qui m’aient à m’adresser à vous. Il est souvent avec moi, là, invisible. Il était et sera encore souvent là. C’est cela être artiste, rester après être parti.

A l’écouter, j’éprouve parfois ce que le businessman raconte dans Starmania. Peut-être vous aussi avez-vous vibré aux paroles et aux les notes de Michel Berger. Mais « qu’est-ce que tu veux mon vieux ? Dans la vie on fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut. » Peut-être aurais-je dû être artiste, chanteur ou auteur. J’en souris alors, la production artistique, je la cède volontiers à celles et ceux qui ont ce don de nous émouvoir. Je m’en sens tout à fait incapable.

Où est le lien avec l’épisode du jour ? Assez loin je dois bien le reconnaître même si être chanteur c’est être artisan et donc indépendant. Du temps de Michel Berger, le freelancing n’avait pas encore repris la place qu’il avait abandonnée au profit du fordisme. Aujourd’hui, le compositeur lui aurait conseillé d’abandonner sa carrière de dirigeant et de devenir indépendant.

Et puis les blues de Chris Rea et de Michel Berger n’ont pas l’intonation de mon invité du jour qui célèbre l’indépendance. Lui pétille d’un sourire malin dont il se départit rarement. Cheveux en pétard, lunettes renforçant le langage d’un homme qui sait de quoi il parle, sérieux sans trop se prendre au sérieux, affable, Vincent Huguet est un personnage tout à fois chaleureux et intriguant. Aucun doute, il y a de nombreux Vincent chez le PDG de Malt qu’il a fondée. J’ai hâte de découvrir les autres.

Malt est la première plateforme d’indépendants en Europe. Ils sont environ un million à être référencés chez eux. En 13 ans, partie de rien, Malt opère maintenant dans 40 pays depuis 9 bureaux disséminés essentiellement en Europe.

Pendant une heure, nous parlons des indépendants. Parler des indépendants, c’est parler d’indépendance. Parler d’indépendance, c’est parler de liberté. Etre indépendant, c’est être libre (ou presque).

Vincent m’a rappelé dans notre discussion une fable de Lafontaine que je découvrais : le Loup et le Chien. Le premier a « la peau sur les os », il chasse quotidiennement mais ne trouve pas tous les jours à manger. Le second est « gras et poli » nous dit de la Fontaine. Le Loup discute avec le Chien et se verrait bien prendre sa place. Cela doit être sympa d’être Chien et ne pas se demander comment remplir sa gamelle. C’est alors qu’il découvre la laisse du Chien et le prix d’avoir un maître. Il s’enfuit.

Les loups reviennent en France bien aidés de l’homme mais le meilleur ami de l’homme restera toujours le chien.

Les salariés resteront majoritaires nous dit Vincent. Etre salarié, c’est accepter volontairement un lien de subordination avec son employeur. C’est être moins libre. C’est aussi avoir la garantie d’être rémunéré en fin de mois.

Les indépendants grandissent en nombre mais resteront toujours minoritaires. Ils sont environ 3,5 millions en France contre 27 millions de salariés. Une entreprise a besoin de créer un affectio societatis. Mais on peut être un animal social et pourtant travailler solo. Etre indépendant, c’est d’abord vivre avec la charge mentale de pouvoir se rémunérer chaque fin de mois. Ce n’est pas comme le Loup de la Fontaine avoir la peau sur les os mais c’est toujours se demander comment remplir son carnet de commande. Surtout, c’est être libre.

Voilà 10 ans bientôt que je travaille avec les indépendants. Je vous connais bien. Vous êtes libres, c’est ce qui vous caractérise avant tout autre chose. Je suis un amoureux de la liberté, voilà pourquoi je crois nous nous entendons si bien. Parfois, rarement, il y a un peu de friture. Nous nous disons les choses, ce que ne permet pas toujours l’entreprise. Plus rarement encore, nous savons que nos chemins professionnels ne se croiseront plus. C’est un luxe que seule la liberté peut offrir.

Très majoritairement, nos relations demeurent avec le temps. C’est ce que j’aime entre autres dans mon métier. C’est ce qui m’a amené à choisir les cigognes pour incarner BlueBirds. Regardez plus haut, elles sont discrètes mais bien là dans l’illustration qui démarre cette lettre. Si vous vouliez les voir de plus près, venez visiter les ruines de Volubilis au Maroc. Il y en a des centaines. Les cigognes en plus d’être voyageuses et belles sont fidèles à vie. Elle se choisissent un partenaire et ne le quittent plus. Quand vient le temps des migrations, le mâle et la femelle ne suivent pas toujours le même chemin. Ils se retrouvent toujours.

Martin