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Prévenir

Virginie Gervaise-Coisel a pris les rênes de Philips France il y a bientôt trois ans après une carrière entièrement dédiée à la santé. J’étais particulièrement heureux de rencontrer une femme qui connaît notre système comme peu d’autres. 

Virginie est arrivée pour notre réunion après avoir quitté Les Echos quelques instants auparavant. J’étais flatté d’arriver juste derrière le journal qui s’affiche en continu sur mon écran. Mais elle était fatiguée. Fait rare, après s’être présentée et moi avec, elle m’avait demandé quelques instants pour reprendre son souffle et ses esprits. Elle avait juste besoin d’une pause. Je ne crois pas que l’on m’ait déjà fait une telle demande. J’y avais tout d’abord vu une marque de sincérité. C’était aussi une manière pour elle de prendre la main sur l’entretien. C’était surtout simplement un moyen d’écouter son corps. Les corps, nous nous apprêtions à en parler.

« Allez, c’est bon, on y va ! » m’avait-elle soudainement lancé en souriant de ses yeux bleus. Et j’avais appuyé sur le bouton rouge de l’enregistreur.

Filez l’écouter, vraiment. On y parle d’abord de Philips évidemment. Les scanners, les IRM, les échographies, les électrocardiogrammes, tout ou presque qui peut mesurer votre état de santé est conçu et fabriqué par Philips, la plupart du temps avec les médecins eux-mêmes.

Et puis sans surprise, nous parlons de ce pourquoi le Groupe agit : prendre soin de vous. Si comme moi vous ne connaissez le secteur de la santé que par les soins que vous recevez, vous allez en apprendre des choses.

Ce que j’aime particulièrement dans ce secteur, c’est que se croisent deux univers en apparence éloignés loin de l’autre: le privé et le public. Leurs contingences ne sont pas les mêmes mais ils servent le même public, vous et moi. Nous le savons, notre système de santé souffre. Il est même parfois à bout. En vrac : surchauffe des soins curatifs, engorgement des hôpitaux, sous-investissement dans la prévention et la médecine de ville, pénurie de soignants et malaise professionnel, inégalités territoriales croissantes, fragmentation des responsabilités, explosion des maladies chroniques, vieillissement de la population, etc. La liste est longue. Servir un secteur aussi sensible et par ailleurs en souffrance nécessite une alchimie de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être que l’on peine à imaginer. 

La montre connectée

Nous évoquons quelques-unes des caractéristiques de ce système avec Virginie. Pas toutes, ce n’était ni ses attentes ni les miennes. Nous nous arrêtons principalement sur la prévention. Cela paraît bête à dire, mais ne pas tomber malade est peut-être la première solution à la diminution du stress de notre système de santé et surtout du vôtre.

La prévention sera l’un des grands combats de la médecine du XXIème siècle. Et il a déjà commencé. Votre montre connectée dit déjà tellement de votre activité et de vos constantes biologiques. Il n’y a qu’un pas à faire pour déployer une prévention de masse personnalisée. C’est ce que nous raconte entre autres Virginie.

La prévention consiste à se tenir le plus longtemps possible en bonne santé. L’EVSI (Espérance de Vie Sans Incapacité ou Espérance de Vie en Bonne Santé) tourne autour de 64 ans en Europe. Elle est de 64,2 ans pour les femmes et de 63,6 ans pour les hommes en France. Pour les Anglais, c’est environ deux ans de moins et pour les Espagnols c’est environ 2 ans de plus. Tout est sur Eurostat.Deux ans, c’est peu à l’échelle d’une vie. Mais à choisir, vous vivriez bien deux ans de plus en bonne santé. La Sécurité Sociale qui vous prend en charge à partir du moment où vous ne l’êtes plus aussi. En 2020, les affections de longue durée (ALD), telles que le cancer, le diabète ou les maladies cardiovasculaires, concernaient environ 20 % des assurés mais représentaient deux tiers des remboursements de l’Assurance Maladie.

J’ai voulu aller plus loin en sortant de notre rencontre et me suis posé trois questions.

Les causes de maladie

Tout d’abord, qu’est-ce qui nous rend malades ? 

Les maladies chroniques représentent à elles seules 70% des décès en France selon Santé Publique France. L’OMS documente les facteurs de risques de telles maladies. C’est ici. Les principaux facteurs de risques comportementaux sont l’alimentation (excès de sucre, sel et graisses), le tabagisme, l’alcool, et le manque d’activité physique. Les principaux facteurs métaboliques sont l’hypertension, le surpoids, et l’hyperglycémie. Les facteurs environnementaux sont essentiellement liés à la qualité de l’air. Restent les facteurs psychosociaux (ex : isolement social), les facteurs génétiques et biologiques (ex : âge) et les facteurs liés aux systèmes de soins eux-mêmes.

Autrement dit, nous mourons surtout de nos habitudes, de notre environnement et de nos choix quotidiens. 

Répondre à la première question aide à répondre à la seconde. « Que faire pour limiter les risques de tomber malade ? ». 

Le charme discret de l’intestin

Mille livres vous proposent des recettes plus ou moins magiques pour vous prémunir de la maladie. Je préfère quand elles sont scientifiques. You Can Heal Your Life de Louise Hay est le best-seller mondial en la matière (35 millions d’exemplaires). Il date de 1984, pas certain qu’il soit complètement à jour des avancées de la médecine. Vous me direz, je n’ai pas lu. 

Plus récent (2014), Le Charme discret de l’intestin de Giulia Enders démystifie l’intestin avec un brin d’humour. Le livre aborde des sujets tels que la digestion, le système immunitaire, et les liens entre l’intestin et diverses affections comme le surpoids, la dépression ou les maladies de peau. Traduit en plus de 30 langues. Quand même.

Je vous recommande aussi Anticancerde David Servan-Schreiber. Ce livre a beaucoup influencé ma façon de vivre. Il m’a convaincu du lien entre équilibre émotionnel de vie et santé tout court. Aimez et soyez aimés, vous vivrez plus longtemps en bonne santé nous dit entre autres le médecin que la maladie a emporté.

Ce livre et d’autres encore nous racontent beaucoup de choses, mais leurs points communs se résument assez vite. Voici donc une première liste de quelques gestes préventifs. Je ne suis pas expert en la matière, mais disons qu’à suivre ces règles simples vous ne prendrez pas de risque supplémentaire de tomber malade. Au contraire.

  • Bougez ;
  • Mangez équilibré et varié. Moins d’ultra-transformé, plus de fibres ;
  • Dormez. La régularité prime sur la durée ;
  • Respirez un air sain ;
  • Créez du lien affectif et social : avec votre famille, vos proches, vos collègues, vos voisins ;
  • Vivez une vie intérieure : respirez, pensez, méditez, priez selon vos croyances ;
  • Faites un check-up sans attendre qu’il vous soit notifié. L’Assurance Maladie demande aux femmes un dépistage du cancer du sein. Elle m’a sympathiquement fêté mes 50 ans en m’envoyant un dépliant sur le dépistage du cancer colorectal (2ème cause de décès par cancer en France). Allez savoir pourquoi, le leaflet attend sur mon bureau bien en évidence. Il me nargue l’air de dire « Tu t’y mets quand? » Sans devenir hypocondriaque, il y a deux ou trois autres choses que vous pouvez d’ores et déjà envisager de faire en plus pour vous assurer que tout va bien.

J’ajouterais une touche personnelle : se désintoxiquer des réseauxIl est démontré que l’écran est nocif pour les enfants. Je doute qu’un produit dangereux pour notre progéniture soit bénéfique à celles et ceux qui l’élèvent.

Voilà pour les bonnes pratiques personnelles, et pardon si ces quelques lignes ressemblent à la p.23 du prochain magazine que vous lirez cet été allongé sur le sable entre deux ploufs. On trouve des choses très sérieuses au milieu des légèretés estivales.

Un système à revoir

Si nous voulions étendre la prévention au pays sans qu’elle se limite aux bonnes pratiques individuelles, une troisième question se pose. Comment faire pour rééquilibrer prévention et soins dans notre système de santé ?

Commençons déjà par partager quelques chiffres.

7,5Md€ étaient alloués à la prévention en France en 2023. Cette prévention regroupe les vaccinations, les campagnes publicitaires, les dépistages, les actions pour éviter les rechutes ou l’aggravation de maladies et enfin la prévention non médicale (Protection Maternelle et Infantile, santé scolaire, santé au travail). 

Ces 7,5Md€ représentaient cette année-là 2,4% des 307Md€ des Dépenses Courantes de Santé (DCS).

Si comme moi cet édito vous fait plonger dans notre système de santé et que vous le découvrez, apprenez que la DCS est la somme des dépenses engagées pour la prise en charge directe de la santé de la population. On y retrouve la CSBM (Consommation de Soins et de Biens Médicaux : soins hospitaliers, soins de ville, médicaments, optique, etc.), les indemnités journalières maladie, les dépenses de gestion des organismes de santé, la recherche appliquée en santé, la formation des professionnels de santé et donc, enfin, la prévention. 

La DCS ne couvre pas toutes les dépenses de santé de notre pays même s’il en est l’indicateur principal. 

La « dépense nationale de santé élargie » pèse, elle, environ 650Md€. (Pour information, la dépense publique nationale totale fut de ~1600Md€ en 2023).  La dépense nationale de santé élargie inclut la DCS mais aussi les dépenses des collectivités médico-sociales (~90Md€), les dépenses des entreprises en santé (~80Md€), les pensions de retraites des personnes dépendantes ou handicapées (~60Md€), les investissements hospitaliers (~50Md€), les exonérations diverses (~40Md€, c’est là une des joies de la comptabilité publique, on comptabilise un moindre revenu fiscal dans les dépenses…) et enfin les dépenses de gestion hors DCS de l’ordre de 30Md€. 

7,5Md€, c’est donc aussi 1,1% de la dépense nationale de santé élargie. Ce 1,1% doit être un minorant, je ne serais pas surpris que certaines actions de préventions tombent dans l’assiette de dépense nationale de santé hors DCS. Mais bon, c’est peu, vous serez d’accord avec moi j’espère.

Que pourrait-on donc faire en faisant passer la prévention de 2,4% de la DCS à disons 5% ? Cela laisserait tout de même 95% du budget dédié aux soins et doublerait les capacités de prévention du pays. 

Remarquez que je ne me demande pas où aller chercher ces fonds. Il se trouve que c’est un peu à la mode en ce moment. Le 25 mai dernier, la Cour des Comptes intitulait le premier chapitre de son dernier rapport sur la Sécurité Sociale « Une trajectoire des comptes sociaux hors de contrôle ». Peut-on être plus explicite ? 

Toutes les modes ont cela en commun qu’elles prennent fin un jour. Permettez- moi d’y succomber, ce sera sans conséquence. Les uns me reprocheront de pêcher par faiblesse de ne pas transférer des dépenses publiques administratives sans valeur ajoutée vers les soins à proprement dit, les autres se réjouiront de donner enfin un peu d’air à un système qui en manque cruellement. Dites-vous tous que davantage de prévention ne peut qu’aller dans le bon sens, c’est-à-dire moins de malades ou des maladies détectées à temps pour être mieux soignées, donc moins de souffrance. Et in fine, moins de dépenses si l’on regarde notre système uniquement sous l’angle arithmétique.

Que faire donc avec 8Md€ pour repousser l’EVSI ?

J’ai demandé à mon animal de compagnie préféré. Il m’a sagement fait quelques propositions que je ne partagerai pas ici. Ce serait trop long et je risquerais de passer à côté d’initiatives essentielles. Virginie et les médecins qu’elle sert m’en voudraient. Ils auraient bien raison. Pourtant, c’est très riche et comme souvent avec nos nouveaux robots, assez bluffant. Mon Chat m’a proposé tout un programme décomposé par facteur de risque, maladie et typologie d’actions. Il m’a proposé une montée en puissance du programme sans tout lancer en même temps et en commençant par les actions avec le plus d’impact à court terme sur l’EVSI de la population. Et il l’a chiffré. 

Virginie nous décrit dans l’épisode du jour comment l’IA est désormais au cœur de sa stratégie de développement produits et services. Cet édito m’aura appris que l’IA peut aussi produire des politiques publiques de santé dénuées d’idéologie dès lors qu’on lui indique quelques KPI, ici l’EVSI. Voilà qui pourrait inspirer de nouvelles méthodes pour celles et ceux qui préparent 2027.

D’ici là, passez voir votre médecin, surtout si vous êtes en pleine forme. Faites du sport, respirez le grand air, mangez 5 fruits et légumes par jour comme le dit la pub et scannez vos emplettes avec Yuka avant de les poser dans votre caddie. 

Lisez le soir plutôt que de regarder votre tablette. La lecture nourrit, les écrans nous mangent.

Et essayez d’aimer et d’être aimé.

Voilà mon programme santé !

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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Le podcast de la semaine

Virginie Gervaise, Présidente de Philips France

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La prévention, clé d’un système de santé durable