Parfois, la politique peut
Je me cherche un nouveau projet depuis quelques temps.
Je ne suis pas en train de vous annoncer m’installer définitivement sur l’île de Rodrigues même si ce n’est pas l’envie qui manque. Parmi mes nombreux défauts, je me lasse vite. Il n’y a qu’en amour et en amitié que je recherche la stabilité. Pour le reste j’ai tendance à butiner. La logique projet me tient éveillé. Celle de l’exploitation des choses installées m’endort. Comme vous tous, j’aime bien la position horizontale, surtout à deux, mais la position verticale, c’est pas mal non plus, surtout quand il s’agit d’avancer.
Ce qui m’a valu je crois de tenir dans la durée pour BlueBirds en plus du soutien de mon épouse, c’est d’avoir vu grandir la société. BlueBirds n’a pas toujours grandi vite et bien, mais elle a toujours grandi malgré les soubresauts du marché et les erreurs que j’ai commises. Qui dit croissance, dit nouveaux défis chaque année, nouveaux projets et nouvelle adrénaline. Ce changement permanent dans la continuité m’a nourri et continue de me nourrir. Surtout, qui dit croissance, dit équipe en croissance. Construire une équipe est ce qui m’a le plus enrichi jusqu’ici. Je saisis l’opportunité de ces lignes pour vous informer que Siham vient de renforcer son association avec moi cette semaine. Sans elle, BlueBirds ne serait pas là où nous en sommes. Vous me prêtez parfois beaucoup d’énergie, ce n’est rien en comparaison de Siham qui a construit une famille en même temps qu’elle construisait avec moi la société. C’était beaucoup plus difficile pour elle.
Etre entrepreneur nécessite d’être aussi honnête que possible avec soi-même. Se leurrer, c’est la garantie à plus ou moins brève échéance que l’on se trompera pour la société aussi. Les sociétés, grandes ou petites, n’aiment pas les erreurs. Pour les petites comme celle que nous dirigeons Siham et moi, quelques erreurs peuvent lui être fatales.
Les yeux ouverts
C’est ainsi que je me suis réveillé à la sortie du COVID avec l’envie de construire un projet dans le projet. Le miroir me racontait une histoire que je n’aimais pas entendre mais qu’il fallait bien me résoudre à écouter : « Martin, tu te lasses, il faut rééquilibrer tes activités. » Le podcast est né comme cela. Il était nécessaire à mon équilibre intérieur comme cette lettre l’est devenue un peu après. Est venu le livre aussi qui m’a obligé à garder les yeux ouverts la nuit et m’a ouvert les yeux tout court.
Vous êtes plusieurs à m’avoir demandé « Et maintenant? ». Maintenant rien de nouveau, vous répondais-je. Tous ces « projets en + » me nourrissaient en même temps qu’ils contribuaient à leur manière à faire grandir BlueBirds. Ils me prenaient et me prennent encore beaucoup de temps, y compris le week-end.
L’envie revient en ce moment de faire quelque chose d’autre sans abandonner pour autant l’existant. Mais que faire? Et surtout, quand?!
Les idées ne manquent pas. Je vous les épargnerai ici, mon samedi n’y suffirait pas. Seule celle avec qui je partage ma vie sait m’aider à faire le tri. Le Président Mitterrand disait de Jacques Attali qu’il était le seul homme qu’il connût à avoir 100 idées à la minute et que lui était le seul à savoir laquelle fût bonne. Mon épouse dirait à peu près la même chose de moi à une nuance près. J’ai davantage d’idées que M. Attali. Cela fait de ma femme une candidate sérieuse à 2027. Et puis restons modeste. Je ne suis pas toujours d’accord avec M. Attali, mais sa vie avait déjà été bien plus prolifique à l’époque que la mienne ne le sera jamais. La naissance de la BERD par exemple, c’est lui. La BERD se prononce à l’anglaise comme un oiseau, mais la comparaison avec BlueBirds s’arrête là.
Que faire alors? L’idée d’écrire un nouveau livre s’est vite faite une place parmi les premiers choix. Mais pour écrire sur quoi? Les réformes de l’Education Nationale qu’attend notre pays depuis 30 ans et que l’IA exige désormais (La Chine vient de rendre son enseignement obligatoire dès le primaire)? Un nouveau pacte social qui s’imposera de lui-même si nous n’anticipons pas sa construction? Un autre thème est arrivé assez vite en haut de la pile : notre appauvrissement collectif et les manières d’en sortir.
S’enrichir
Je vous parle régulièrement du sujet dans ces lignes parce que j’ai non seulement acquis la conviction qu’il est un des éléphants au milieu du magasin de porcelaine qu’est devenue notre société, mais aussi parce que nous ne le voyons pas. C’est facile de mesurer un appauvrissement individuel, nous regardons tous nos comptes en banque. C’est plus délicat de mesurer un appauvrissement collectif. C’est encore plus difficile de s’accorder sur les mesures à prendre pour changer cela. En France, on n’aime pas s’appauvrir, mais « s’enrichir » est une expression taboue et laide, presque d’un autre âge. Je n’ai aucun doute que notre appauvrissement sera l’un des thèmes centraux de la campagne présidentielle qui vient de commencer par la décision d’une juge. La pauvreté et l’inflation étaient encore deux des trois premières préoccupations des Français en février dernier d’après IPSOS. L’actualité du moment est aussi un marqueur de notre appauvrissement à venir. A vendre moins ou moins cher aux US et à acheter plus cher des biens venus de là-bas, nous ne nous enrichirons pas. Nous nous appauvrirons.
Je n’ai pas le temps de me lancer dans un nouveau livre même si on a toujours le temps de tout faire dès que la volonté est là, mais je sais déjà qu’un chapitre de ce livre si ce n’est une partie complète traiterait de l’immobilier.
L’immobilier a été l’un des plus grands facteurs, si ce n’est le plus grand, à notre appauvrissement collectif. La raison en est simple, l’immobilier est le premier budget des ménages et les prix de l’immobilier ont grandi bien plus vite que les salaires depuis 30 ans. Ces derniers ont augmenté de 13% en Euros constants ente 1996 et 2023. Dans le même temps, le prix moyen au mètre carré a été multiplié par 2,7. Ces chiffres ont connu des tendances comparables un peu partout sur la planète. Nos grands-parents se logeaient mieux et moins cher que nos parents. Nous nous logeons moins grand et plus cher que nos parents et ce sera encore plus vrai pour nos enfants.
Par une forme de magie que nous devons à notre administration, les statistiques de pouvoir d’achat des Français mesuré par l’INSEE ne tiennent pas compte de l’évolution des prix de l’immobilier. Pratique quand on est politique de tous bords pour expliquer aux Français que leur pouvoir d’achat grandit ou stagne. En réalité, il s’est effondré, essentiellement à cause de l’immobilier.
Je réfléchis depuis longtemps à ce sujet comme j’ai tenté de poser sur le papier quelques réflexions sur les sujets de réindustrialisation. Réindustrialiser semble simple pour l’administration américaine. Il suffirait d’augmenter la compétitivité coût des Etats-Unis en diminuant par des taxes douanières l’avantage prix des sociétés exportant sur leur sol. A vrai dire, c’est un peu plus compliqué que cela mais qui sait, peut-être cela fonctionnera-t-il. Qui vivra verra. Il existe d’autres solutions sans se mettre la planète à dos. L’image des Etats-Unis s’effondre en même temps que les bourses mondiales. S’agissant de l’immobilier, là, maintenant, tout de suite, les quelques solutions structurantes à l’augmentation de l’accessibilité du logement ne me sautent pas aux yeux. Elle est là aussi la raison à l’absence de mon lancement dans l’écriture d’un livre dédié à infléchir la courbe de l’appauvrissement de nos concitoyens. Je suis sans idée structurante qui mériterait d’être partagée. L’Allemagne toute entière, pourtant bien plus pro business que nous, est en récession depuis deux ans. Elle est en panne d’idée, vous me pardonnerez j’espère aussi de l’être.
Ces questions, mon manque de réponses et l’absence de volontarisme dans l’écriture d’un nouveau livre qui m’aiderait à trouver ces réponses m’ont conduit à aller à la rencontre de Pascal Boulanger. Pascal dirige l’association professionnelle des promoteurs immobiliers en France. Je l’interviewe dans l’épisode du jour.
En écoutant Pascal, vous découvrirez un homme chaleureux que l’âge a sorti des postures. Il dit les choses simplement. Il y aurait de quoi être en colère à sa place. Ses adhérents le sont. Pourtant, c’est une voie calme et gentille qui s’exprime. Cette voix est un peu désarmante malgré la crise du secteur qu’elle raconte.
Sans être expert de l’immobilier, on comprend. On comprend tout d’abord pourquoi les prix de l’immobilier neuf n’ont pas ou peu bougé. On comprend aussi que notre Président de la République a tenté de faire baisser les prix et de rendre l’immobilier plus accessible. L’intention était louable. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses différents Gouvernements s’y sont mal pris et lui avec. Ils s’y sont si mal pris que l’offre de logements neufs a continué sa décrue. 250 000 emplois ont été perdus dans le secteur en deux ans! Voilà un appauvrissement économique et social massif dont nous nous serions bien passés. Un peu de bases économiques auraient dû rappeler à nos hommes et nos femmes politiques que la raréfaction de l’offre ne va pas de pair avec la diminution des prix, c’est même tout le contraire. Or nous avons organisé la rareté, Pascal le dit aussi simplement que cela. Que l’on soit de droite, de gauche, du centre, vert, jaune ou rouge à petits pois, il y a eu dans la politique récente de notre logement un amateurisme économique qui fait peur.
Est-ce bien grave que l’immobilier neuf se raréfie et que les prix ne baissent pas penseraient certains ? Finalement, c’est un peu le problème des plus fortunés d’entre nous. Nous devrions focaliser notre attention sur les plus modestes. Ce n’est pas tout à fait faux et c’est même très juste pour qui se soucie en premier de celles et ceux qui rencontrent de réels problèmes de logements. Ce n’est pas tout à fait vrai non plus.
A diminuer l’offre de logements neufs, les acquéreurs se reportent sur l’acquisition de logements anciens et font gonfler les prix de ce segment de marché. Une partie alors de la population qui se serait initialement portée acquéreuse de logements anciens soit ne trouve plus faute d’offre, soit ne peut plus se le permettre et se reporte sur le marché de la location. Ce faisant, ils tirent aussi les prix locatifs à la hausse. En bout de chaîne; la partie la plus modeste de la population cherchant déjà à se loger en louant présente alors toutes les peines à trouver un logement. Elle se reporte vers le logement social déjà saturé de demande. Un déficit d’offre sur le marché du neuf crée un déficit d’offre sur le marché locatif à destination de tous, et plus particulièrement des plus modestes d’entre nous. Par effet de domino, ce qui touche les plus riches affecte aussi les plus pauvres.
Je ne sais pas comment restructurer le marché pour que l’immobilier redevienne accessible à la plupart de nos concitoyens. Je sais seulement qu’il faut tout faire pour éliminer ce qui est de nature à raréfier l’offre ou à augmenter les coûts de construction. C’est ce que nous dit en creux Pascal. On peut aussi favoriser la demande par des mesures fiscales, Pascal évoque plusieurs pistes dans notre entretien. Et puis rappelez-vous, le problème du logement est mondial. Quelques expérimentations ont bien dû émerger ici ou là. J’ai en ai bien vu une, mais elle mériterait de rallonger encore cet édito. Il faudrait aller à la rencontre des professionnels du secteur, en France, aux UK, en Allemagne, aux Etats-Unis. En Argentine aussi. ll faudrait écrire un livre.
L’épisode du jour illustre à quel point la politique du logement d’un pays peut contribuer à son appauvrissement. C’est qu’elle doit bien aussi pouvoir l’enrichir.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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