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Soyez passionnés !

En écoutant de nouveau Jacques Trottier PDG de Labeyrie Fine Foods j’ai réalisé à quel point sa parole était tout à la fois équilibrée et sincère. Elle est surtout riche.

Rarement dans un épisode nous avons abordé autant de sujets pour une société de cette taille : le sourcing des produits jusqu’en Alaska, les tensions des ressources halieutiques des océans, le lancement dans de nouveaux produits, le traçage et les process de transformation, l’expansion géographique, les crises qui se succèdent depuis 2020, le management et le leadership, les nouveaux rapports au travail, les comportements des consommateurs, nos rapports nouveaux à l’alimentation, tout ce qui fait que Labeyrie a grandi continuellement. Quelle société, quelle histoire et quel avenir surtout !

Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de Labeyrie ? Pourquoi n’y a-t-il pas davantage d’ETI en France ? (Une partie de la réponse arrive plus bas). Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de Jacques Trottier à leur tête ? J’ai déjà largement évoqué le sujet dans ces lignes et d’autres que j’ai coécrites. Christophe Deldycke Président de Turenne Groupe me rappelle dans un épisode qui commence à dater maintenant que l’écart du nombre d’ETI entre la France et l’Allemagne se retrouve déjà dans le nombre de PME et de PMI entre nos deux pays. C’est comme si toute notre économie était atrophiée d’un pan que nos aïeux n’avaient pas su développer. Un peu facile de ma part de renvoyer la patate chaude à vos parents, aux leurs et aux miens. Ils n’ont pas moins travaillé ni moins bien que leurs contemporains allemands de l’époque. Mais alors que s’est-il passé ?

Vous ne trouverez pas la réponse chez Labeyrie pour une raison simple. Sous l’impulsion de son créateur visiblement un peu génial autant que bon vivant, le Groupe a toujours grandi. Il a saisi les opportunités dans le saumon puis dans le végétal, dans les Landes d’abord, en France ensuite puis ailleurs. Labeyrie a aussi fait le dos rond pendant les périodes difficiles comme celles qu’ils viennent de traverser depuis la pandémie. Et Labeyrie, silencieusement, consciencieusement, a préparé les beaux jours en attendant que la pluie cesse. Nous y sommes nous dit Jacques. C’est beau de voir un Groupe sortir la grande voile et repartir gonflé à bloc.

L’épisode de la semaine est truffé de leçons de management pour qui se demande comment diriger une société, petite, moyenne ou grande. Je m’en voudrais ici de les rappeler, il va falloir écouter Jacques pour vous en imprégner. Comme je suis d’humeur badine ce soir et que Pink Floyd me rappelle que j’aimerais vous avoir à mes côtés, je vous rappellerai tout de même trois enseignements dont deux déjà énoncés en conclusion de l’épisode.

Etre n°1

Le premier, peut-être le plus important de tous, est d’être n°1 ou n°2 sur votre marché. Sous-investissez là où vous êtes faibles ou arrêtez carrément. Surinvestissez ou investissez seulement là où vous êtes déjà forts. C’est tout à fait contre intuitif. Nous avons naturellement tendance à davantage travailler nos faiblesses. Il faut faire le contraire. Travaillez vos forces, vous deviendrez inatteignables, au moins en théorie.

Cela étant dit, si votre tire-lire le permet, continuez de donner des cours de soutien en mathématiques ou en français à votre enfant faible en la matière. Je vous dis cela d’abord pour l’avenir de votre progéniture mais aussi histoire de me contredire. L’économie n’est pas une science exacte et souffre toujours les contre-exemples.

Peut-être est-ce cela qui explique que tout et son contraire soit dit sur la nouvelle idée de M. Zucman. Lui ne contribuera pas au développement de nos ETI, croyez-moi. (Je vous le redis, l’économie n’est pas une science exacte, ne vous sentez pas obligé de me croire. Mais bon, tout de même, il y a des limites aux énormités dites sur les plateaux TV et à la radio en ce moment. Les ETI n’ont pas pu grandir en France entre autres à cause de la fiscalité lors du passage des sociétés familiales d’une génération à la suivante. En France, seules 10 % des entreprises sont transmises au sein des familles, contre 60 % en Allemagne et 80 % en Italie. Ce constat fut fait en son temps par M. Dutreil qui une fois Ministre fit voter une loi portant son nom. Nous le recevons dans un prochain épisode.)

Parenthèse fermée. Vous m’avez compris, développez votre expertise, approfondissez votre savoir-faire, cultivez votre différence. Devenez plus forts encore que vous ne l’êtes déjà. La concurrence aura de plus en plus de mal à vous suivre. Un jour, peut-être, vous vous retrouverez comme ces sociétés tellement loin devant qu’il sera très difficile voire impossible de vous rattraper. Les exemples sont nombreux. Suivez mon regard ou lisez les journaux économiques. Certains industriels sont devenus inaccessibles à leurs poursuivants sauf à ce que des Etats eux-mêmes entrent dans la course. Je pense par exemple à la conception et la fabrication de micro-processeurs. Je sais, un processeur ne se mange pas, c’est l’écran qu’il fait tourner qui nous dévore.

J’ai également beaucoup aimé l’image du sablier pour illustrer la déformation des marchés de consommation sur lesquels Labeyrie opère. En bas du sablier, vous retrouverez les marques premier prix à la qualité elle-même minimale. Ce segment de marché grandit en même temps que nos concitoyens cherchent de l’air dans leur pouvoir d’achat. En haut du sablier, vous trouverez Labeyrie et ses marques premium. Dans beaucoup de marchés, et pas seulement alimentaires, il existe une clientèle faisant extrêmement attention à tout ce qui ne fait pas le prix : la qualité, l’origine des produits, le processus de transformation, l’impact environnemental et social, l’image que le produit renvoie, etc. Sur ce segment, le prix est moins un critère d’achat. Il est naturellement plus élevé et s’explique par la valeur apportée par ailleurs. La voiture, là encore loin des marchés de la société du jour, l’illustre aussi merveilleusement bien. J’en parlais encore cet après-midi avec Vincent Cobee qui dirigea la marque Citroën dans le monde avant de quitter Stellantis il y a deux ans. Il répond à mes questions sur l’avenir industriel de l’automobile en Europe dans un autre épisode à venir.

Le sablier est étroit en son milieu, comme un nombre croissant de marchés. Soit les consommateurs visent le premium et font peu attention au prix, soit ils visent le meilleur prix. Au milieu, ils voient de moins en moins l’intérêt de consommer un « produit moyen, à la proposition de valeur moyenne pour un prix moyen ». Pour quoi faire ?

Richard Branson

Le dernier enseignement que partage Jacques dans sa conclusion tient en deux mots : soyez passionnés. Il y a les passionnés par nature. Jacques en est un. Nous en connaissons tous. La passion aussi se travaille quand elle est moins naturelle. Je crois faire partie de cette seconde catégorie. A butiner, on finit toujours par s’attarder plus longuement sur une fleur.

Etre passionné était un luxe, cela devient une nécessité. C’est peu de dire que le monde devient plus difficile. Il le sera davantage encore pour nos enfants. Jacques le dit très naturellement dans l’épisode, comme une évidence. Il y a mille manières de se préparer au monde qui vient. La fourmi fait des réserves, le consommateur épargne, les entreprises revoient leur chaîne d’approvisionnement et remplacent de plus en plus leurs projets de lean par ceux de risk management. Elles troquent l’épaisseur du P&L contre de la solidité de ce même P&L. Il n’y a que les Etats dont je ne vois pas encore de ligne dans le budget qui indique « crise à venir inconnue ». Ce n’est pourtant pas être pessimiste mais seulement réaliste que d’anticiper sa prochaine venue.  

Et nous, que faisons-nous une fois que le frigo a repris des couleurs, que le compte d’épargne a gagné un « 1 » à gauche et que nos projets personnels ont peu ou prou avancé ?

Il faut aimer vivre, aimer se lever le matin, aimer travailler. Cela n’enlèvera rien aux difficultés qui s’annoncent mais nous les aborderons avec l’envie et l’énergie capables d’y faire face. Et cela, cela change tout. Quand on est passionné, on est meilleur. « Become an expert at your passions » disait déjà Richard Branson.

Soyez passionnés, le voilà le principal message de Jacques !

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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Le podcast de la semaine

Jacques Trottier, « Vous voulez exister sur un marché ? Il faut être numéro 1 »

Labeyrie Fines Foods

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Leçons de management chez Labeyrie