Ce podcast est sponsorisé par BlueBirds

Logo sponsor Bluebirds   AccueilContact

Une poignée de main pas comme les autres 

Je suis parti en retard pour rejoindre Label Emmaüs. J’avais rapidement regardé l’adresse. « Noisy-le-Sec, cela doit être proche de Noisy-le-Grand » avais-je pensé. Probablement comme Neuilly-Plaisance jouxte Neuilly-sur-Seine…

J’étais content de prendre la voiture pour rendre visite à Maud. Nous entrions dans la deuxième partie de la journée. Notre entretien serait un plaisir. Comme à l’accoutumée, j’aurais branché mes micros, j’aurais écouté mon invitée, j’aurais fait de mon mieux pour m’intéresser à elle et à son projet. Comme à l’accoutumée encore, nous aurions échangé quelques mots après l’enregistrement. J’aurais tout débranché puis serais reparti. Comme à l’accoutumée enfin, j’aurais oublié de prendre une photo. En repartant, le ciel aurait commencé à s’assombrir. C’était l’hiver, il aurait peut-être plu. Je serais rentré au chaud en écoutant la musique de mon humeur, bonne.

Dans la voiture, j’aurais appelé Agnès. « Alors, c’était comment ? » m’aurait-elle interrogé, curieuse comme à chaque fois, avide de détails, soucieuse de bien faire.

Arrivé en face de la Marne, j’aurais franchi la porte d’entrée de la maison, posé mon cartable dans l’entrée, accroché mon manteau et enfilé mes fidèles babouches. Et puis j’aurais rejoint mon épouse si elle était déjà revenue du travail. Avec un peu de chance, les filles aussi auraient été là. 

A leur tour, elles m’auraient écouté raconter l’histoire de Label Emmaüs. A leur tour, elles m’auraient interrogé et j’aurais joué le rôle de Maud. Non pas que je sois crédible pour prendre la parole à sa place, mais ainsi vont les choses depuis que j’ai lancé ce podcast. Je suis de temps à autre cet entrepreneur un peu génial, ce chef d’une entreprise familiale et centenaire perdue en Moselle ou ce PDG d’une société cotée à Paris, Madrid ou New York. A défaut d’en avoir les responsabilités, au moins puis-je en habiller le costume le temps de répondre aux questions que j’ai moi-même posées quelques heures plus tôt. Je suis devenu acteur comme d’autres chantent sous la douche. 

Corinne serait devant les poêles. Dans ces moments, elle agit et je m’agite. Elle travaille et je me disperse. Une pincée de sel, une autre de poivre, une gorgée de bière pour l’un, un verre de vin pour l’autre ou inversement. La soirée aurait commencé.

C’est ainsi en vérité que les choses se sont déroulées. Rien d’exceptionnel, une journée comme les autres.

Pourtant, cette journée m’a marqué.

Le petit vin blanc

J’ai découvert Noisy-le-Sec que je ne connaissais pas. Il doit bien y avoir quelques lieux bucoliques et guinguettes pour un petit bal perdu réservés aux noiséens – la ville est traversée par la Seine – mais je n’ai pas eu la chance de les découvrir. Et puis j’étais en voiture, pas de place pour un petit vin blanc. Pour moi ce jour-là, pour la jeune équipe de la société qui se rend là-bas tous les jours, ce fut un immeuble défraichi dans une petite zone industrielle. J’étais en retard et le cadre m’avait mis en condition. 

Maud est venue m’accueillir. 

On n’a jamais qu’une seule fois pour laisser une bonne première impression. J’y suis toujours vigilant depuis que mon premier employeur me l’a demandé. Déformation professionnelle donc, j’attache une attention particulière à ces toutes premières secondes. J’ai monté les trois marches qui séparent le rez-de-chaussée du gravier et me suis dirigé vers Maud qui avait déjà ouvert la porte extérieure pour aller vers moi. J’ai alors tendu ma main et l’ai regardée dans les yeux. Ils étaient noirs et lumineux. C’était un regard doux et fort à la fois. En même temps qu’elle me disait bonjour, elle s’excusait de mes difficultés à trouver le bon bâtiment. La poignée de main se fit ferme. Rien de trop, mais sa vigueur contrasta avec la chaleur de son accueil. « Tout se joue à la poignée de main » me disait régulièrement mon père. Il était parfois excessif mais avait souvent raison.

Avoir 20 ans

Maud n’est plus la jeune rebelle de 20 ans qu’elle a été, elle est dans sa quarantaine rugissante. Je lui ai détecté quelques rides, j’espère qu’elle ne m’en voudra pas de le dire ici. Une poignée de main dit beaucoup certes, mais l’expression d’un visage aussi. Celui de Maud ne jouait pas, il était sincère. Je m’attarde toujours sur le regard et le premier sourire. Maud a le visage d’une coureuse de fond. C’est une sportive du quotidien. Chez Maud, le visage n’a pas un gramme de trop. Il vous envoie un message : celle qui me porte va à l’essentiel. Toute son énergie, son temps et sa force se tournent vers l’objectif qu’elle poursuit. Maud a le physique de celles qui donnent sans retenue et le font depuis toujours. Il contraste avec celui de ces hommes et de ces femmes d’affaires dont je fais partie et qui abusent des restaurants. Mais qui m’a dit un jour qu’il pesait trop peu sur la balance pour être malhonnête ?! Filez vous peser, l’été arrive ! La balance ne vous enlève pas seulement les kilos en trop quand l’aiguille tourne dans le bon sens, elle ajoute à vos airs d’intégrité.

Maud cumule les casquettes professionnelles. Elle est fondatrice. Elle est aussi dirigeante. La société qu’elle a créée fait partie d’un groupe fondé par l’Abbé Pierre. Y a-t-il plus exigeant ? Sans surprise, Label Emmaüs a le statut d’ESS pour son utilité sociale et son caractère solidaire. Et quitte à tenter de révolutionner la planète, l’entreprise marche sur les plates-bandes de leaders mondiaux. 

Alors si demain, par réflexe, vous allez faire vos emplettes sur Amazon ou essayez de vendre sur Vinted ces babouches made in Morocco, ce manteau dont vous ne voulez plus ou ce cartable de cuir un peu has been, commencez d’abord par aller faire un tour sur label-emmaus.co. Vous ne révolutionnerez pas le commerce en ligne, mais vous contribuerez à une économie plus solidaire et plus circulaire donc plus verte. Et puis accessoirement votre geste ne financera pas la retraite certes méritée mais la retraite tout de même de ce charmant couple d’Américains se regardant les doigts de pied en éventails sur une plage au Mexique ou ailleurs. Il nourrira le travail de votre voisin.

Asterix et Obelix

Evitons tout malentendu auprès de mes amis nés aux Etats-Unis. Exception faite quand il légifère en dehors de ses frontières, je n’ai rien contre l’Oncle Sam à qui j’ai toujours plaisir à rendre visite. C’est seulement que je lui préfère Asterix et Obelix dont il m’arrive de relire les aventures. Allez découvrir l’Iris blanc, leur dernière épopée, c’est plein de sagesse et de légèreté. « Pour éclairer la forêt, la floraison d’un seul iris suffit » s’exclame mystérieusement Vicévertus en s’adressant à César. J’aurais pu en dire autant à Maud. 

Maud sait parfaitement où elle va. Elle est sur le point de trouver son modèle économique maintenant qu’elle est passée de 3000 références le jour de son lancement à plusieurs centaines de milliers aujourd’hui.

Maud est rare. Voilà quelques semaines que je l’ai rencontrée et pourtant son image semble indélébile. Je me souviendrai longtemps de ce mélange unique de douceur et de force.

En l’interrogeant, j’ai découvert que nous avions au moins un point en commun en plus d’être entrepreneurs. Maud se dit en colère. 

Comme moi, elle observe un peu plus chaque jour la pauvreté grandissante de notre pays. Voilà 10 ans qu’elle œuvre au service des plus modestes d’entre nous. Sa parole compte.

Quand je lui demande quoi faire, elle évoque l’inégalité des revenus et les mécanismes de redistribution. Maud fait partie de ces personnes qui perçoivent la redistribution de richesse comme insuffisante dans notre pays. Peu importe que vous partagiez ou non son avis. Elle le reconnaît elle-même, élever le niveau des prélèvements obligatoires ne changerait pas la donne. Le problème est plus profond d’après elle.

« Il faut produire sur notre sol et freiner ce commerce fou qui fait peu de cas du social et de l’environnement à l’autre bout de la planète » me dit-elle. Voilà un son de cloche que j’entends chez tous les dirigeants que je rencontre. Du CEO du grand groupe à la directrice générale d’une petite pousse de l’économie sociale et solidaire qui veut révolutionner le commerce depuis Noisy-le-sec, tous portent le même message : il faut produire sur notre sol.

Je n’aurais pas dit mieux.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.

logo bluebirds

Le podcast de la semaine

Maud Sarda, Co-fondatrice & Directrice Générale

Label Emmaüs

Écouter l’épisode

Label Emmaüs