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De nos meubles

Les garçons à table !

J’ai entendu cette phrase environ un million de fois. Nous étions six à la maison en plus de mes parents. Alors quand mes trois grandes sœurs partirent voler de leurs propres ailes ne restèrent que mes frères et moi. Je pestais intérieurement alors que j’étais au milieu de mes devoirs de classe : aveuglement doublé d’impatience d’un garçon qui s’apprêtait à profiter à pleine dents du travail de sa mère. Je tirais sur ma chaise, quittais mon mince bureau qui faisait face à des étagères de verre, dévalais les escaliers, m’installais sur ces tabourets tournants revêtus de sky blanc et, mêlant l’irrévérence à l’insouciance d’un adolescent qui se rendait compte soudainement qu’il avait faim, je lançais « On mange quoi ? ». Des claques oui ! 

Encore aujourd’hui quand je rends visite à ma mère dans cette cuisine qui n’a pas bougé d’un centimètre ou presque et que je m’assieds religieusement à cette table jaune sous ce luminaire qui se voulait design à l’époque et l’est en fait encore un peu grâce aux cycles mystérieux de la mode, je goûte ces souvenirs qui resteront toujours en même temps que je regarde ma mère en me disant : « Profite ».

Ne me demandez pas pourquoi, je m’intéresse peu adulte à l’ameublement de mon domicile. Peut-être parce que mon épouse aime les espaces dénudés. Peut-être aussi parce que l’ingénieur de formation que je suis regarde souvent les choses sous un angle fonctionnel avant d’entrer dans d’autres considérations, esthétiques notamment. Malgré cela, je m’attache aux objets qui font mon quotidien. Ils sont peu nombreux ces objets, mais ils comptent. Ils ont souvent une histoire : ce bureau et ces étagères qui me virent grandir, ce canapé BBZ encore aujourd’hui à la maison qui fut le premier à accueillir celle qui deviendrait ma femme, cette lampe que m’a offerte ma grand-mère en cadeau de mariage, ce tableau un peu désuet accroché juste au-dessus du lit de cette même grand-mère avec deux muses dans le plus simple appareil façon XVIIIème. (J’ai refait faire le cadre, il y a des limites aux arabesques en bois doré que l’ancien encadrement dépassait outrageusement). Ils sont un peu moi-même. Dans mon cas, ils me ressemblent peu parce que je ne les ai pas choisis ou parce que je me suis peu soucié de leur apparence au moment de leur achat, laissant le plus souvent décider mon épouse dont les goûts sont bien plus sûrs. (Et puis il y a des combats qu’il vaut mieux ne pas engager au sein d’un couple. Chez le mien, s’agissant d’ameublement mais pas seulement, le beau sexe est souvent le plus fort. J’ai ouï dire que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas).

Pourquoi n’y a-t-il dans la pièce adjacente à la cuisine qu’une table, six chaises, deux plantes et rien d’autre ? Le cœur de Martin serait-il si vide ? s’interrogent nos invités parfois à coup sûr. Ils n’osent pas me le demander. Ils reviennent pourtant le plus souvent, partis la fois précédente avec le ventre bien rempli lui ! 

C’est sur cette table noire que j’écris le plus souvent le week-end venu. A cette heure de la matinée, quand le ciel rosit au printemps, les enfants dorment encore, ma femme est sous la douche et prend le temps qu’elle n’a pas en semaine. Je branche alors la musique, pose le pod sur le plan qui sépare la cuisine de l’espace qui nous sert de salle-à-manger, je m’imprègne de la mélodie – elle est souvent aérienne – et puis mes mains prennent le relais sur le clavier où je suis en ce moment-même en train d’écrire. Un premier mot, une première phrase, puis les idées viennent. De temps à autre, je lève la tête. A gauche, le jardin et sa table d’été qui attend sa saison pour devenir utile à nouveau. A droite, la rue, la haie, quelques joggers et mon regard dans la vitre faisant reflet. C’est calme et musical. Plaisir de goûter l’instant présent.

Ce sont surtout mes enfants et leurs copains et copines (petits et petites aussi) qui vont et viennent de plus en plus et profitent de l’hospitalité de la maison, surtout lorsque mon épouse prépare les repas. Ils regarderont bientôt cette table noire et briarde comme je regarde celle de ma mère, jaune et suresnoise. Bientôt aussi, ils regarderont leur propre mère en pensant « Profite ». Pour l’instant, ils s’assoient et lancent : « On mange quoi ? ». Je leur souris alors sans répondre en fronçant légèrement les sourcils. Leur mère aussi. Ils sourient alors à leur tour si leur regard n’est pas déjà plongé dans la soupe. (Cela, c’est le scénario du « blond » de Gad Elmaleh quand leurs parents sont de bonne humeur. Je vous épargne les autres cas, l’accueil est alors plus frais).

Les objets sont objet d’histoire et d’histoires. Nos meubles peut-être plus encore que les autres. Ligne Roset qui les fabrique depuis cinq générations le sait mieux que quiconque. Rappelez-vous si vous les écoutez répondre à mes questions qu’Olivier et Antoine qui dirigent la maison fondée par leur aïeul ne sont pas seulement des héritiers que le hasard et la fortune ont placé sur le bon chemin. En fait, ils ne sont rien de cela. 

Ils sont d’abord les survivants d’une industrie du meuble décimée qui a quitté le pays et l’Europe de l’Ouest. Ils sont une forme de miracle. Ils font suite à leurs pères respectifs et à leurs parents avant eux qui leur dirent « Voici le travail de ma vie et de ceux qui m’ont précédé, à toi de prendre la suite ». Petite responsabilité tout de même. Ils relancent à chaque saison les dés de nouvelles collections en espérant qu’elles rencontreront leurs marchés. Parfois ils se trompent, souvent ils ont du nez parce c’est leur métier, le tout est à la fin de s’assurer que l’entreprise passera une nouvelle année, puis une autre, puis une autre encore. Ils maintiennent l’emploi dans leur bassin historique. Ils le font même grandir, en France et ailleurs dans le monde.

Surtout, ils construisent avec nous nos histoires personnelles. 

Merci à eux.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.

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Antoine & Olivier Roset, Directeurs du Groupe Roset

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