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Fratetulli Tutti

« L’activité des entrepreneurs est une noble vocation, tournée vers la production de richesse et l’amélioration du monde pour tous. » 

Cette phrase vient du pape François écrite dans Fratelli tutti en 2020Même sans avoir appris la langue de Dante, vous aurez traduit sans demander à votre animal de compagnie amoureux des croquettes et de vos questions.

Sandrine Rousseau et Saint François d’Assise

Frattelli Tutti avait été édité le jour de la fête de Saint François d’Assise. Le Pape doit son nom à l’exemple que la vie du Saint lui inspira. Je vous épargnerai ici les règles de vie des Franciscains, congrégation de moines que Saint François créa au XIIème siècle. Retenez tout de même trois mots : fraternité, pauvreté, joie. On doit à Saint François le Cantique des Créatures. Le poème a traversé les siècles pour sa beauté. Il y est question de soleil, de lune, d’azur, de nuages, de fleurs et d’herbes, de tout un tas de choses naturelles si sympathiques que les écologistes du monde entier ont fait de Saint François leur saint patron. Si si. En écoutant Mme Rousseau, pensez à ce moine italien vieux de presque mille ans. Cela vous aidera peut-être à comprendre pourquoi ses idées semblent parfois tomber du ciel. Je doute pourtant qu’elles lui aient été soufflées d’en-Haut. Qui sait?

Ainsi les chefs d’entreprises seraient comme les pompiers, les professeurs et les gendarmes. Ils ressembleraient à ces prêtres, ces rabbins et ces imams. Ils agiraient par vocation selon le défunt Pape. Nous avons inventé l’entreprise à mission depuis la loi Pacte de 2019. François lui aurait préféré l’entreprise à vocation. Il aurait vraisemblablement ajouté que ce fût là une tautologie qu’il nous faudrait un jour corriger. Toutes les entreprises sont à mission. Toutes ont une vocation.

La parole de celui qui dirigea 1,4 milliard de catholiques en plus d’inspirer quelques milliards d’autres mérite qu’on l’écoute un peu. Les plus opposés à la parole religieuse s’en émouvront. Je le regrette, ne voyez aucunement dans cette lettre une provocation. Fatiguée d’avoir mis tant d’énergie et de temps à séparer les pouvoirs de l’Eglise et de l’Etat – c’était tout de même il y a 120 ans -, notre Nation a oublié que le Gouvernement, le Parlement et la Justice ne s’adressent pas aux âmes. La séparation des pouvoirs n’empêche pas le dialogue, bien au contraire. La chute du communisme vient aussi de cet oubli. Saint Jean-Paul II, prédécesseur de François, le savait mieux que quiconque. A ne pas y prendre garde, le capitalisme pourrait bien lui aussi se prendre les pieds dans le tapis. C’est l’un des messages que nous envoie celui dont nous célébrions les obsèques hier. Le XXIème siècle sera celui de beaucoup de nouveautés, il sera aussi celui du retour de la religion, en particulier en Occident. Cela a déjà commencé. L’homme est un être intérieur. Quand il ne pense pas, il médite. Quand il ne médite pas, il prie. Ou il dort. 

Vous l’aurez compris, je prie peu je le confesse, mais cela m’arrive. Mes prières ressemblent davantage à une conversation que l’on aurait avec son père. Nous discutons, nous sourions, nous rions. Comme tous les pères aimants, Il éclaire mes zones d’ombre. J’essaie d’être meilleur. Souvent j’échoue comme avec ces résolutions aussi vite prises qu’abandonnées. Parfois, plus rarement, j’ai le sentiment de me rapprocher de celui que je voudrais être. J’observe aussi mon équipe à majorité musulmane suivre leur culte. J’y adjoins la pudeur de celui qui regarde un couple en se demandant le secret de leur bonheur. A observer leur foi j’apprends à vivre la mienne. Chez BlueBirds, on fête l’Aïd, Noël et Pâques. Ils sont rares ces mois sans journée offrant droit à la paresse chère à Mme Rousseau. En cela je suis son enseignement, comme quoi tout peut arriver, même le pire…

Le Pape, la religion catholique et la plupart des autres religions ont beaucoup à nous apprendre de la vie en entreprise. En matière de rapports humains, les religions en connaissent un rayon. Et vous le savez comme moi, l’entreprise est un lieu d’échanges humains par essence.

L’activité en entreprise a vocation à créer de la richesse nous rappelle donc le Pape. Ce serait heureux que d’autres, proches de nos finances publiques, s’en souviennent aussi. Ils ont une fâcheuse tendance depuis 50 ans à penser que cette richesse se crée par magie ou pire, que peu importe. Depuis 1975 aucun budget de la Nation n’a été à l’équilibre. Faute d’attaquer les sujets qui fâchent vraiment, nous lorgnons sur les niches fiscales ou envisageons de revoir l’abattement fiscal sur les retraites. Nous jouons sur les mots pour ne pas dire que nous augmentons les impôts pourtant déjà au toit du monde. Ces mesures si elles étaient prises ne changeront pas les grands déséquilibres financiers du pays. Tout cela cessera un jour qu’on le veuille ou non. Ce jour-là, la parole des chefs d’entreprise, ceux qui créent la richesse, comptera double. Au regard de l’actualité et des prises de paroles croissantes des entrepreneurs sur les sujets de société, j’ai tendance à penser que ce phénomène a débuté. Modestement, ces lignes l’illustrent à leur manière.

Le Pape des pauvres

Fidèle à Saint François, le Pape défunt se disait le Pape des pauvres. Il y avait évidemment une volonté de sa part de les remettre au centre de nos attentions. C’est l’un des héritages qu’il nous laisse. A lire sa définition de l’entrepreneur, il y avait aussi une volonté de les sortir de cette pauvreté, pas seulement de les soutenir. Symbole de cette identité, François avait choisi de délaisser les appartements pontificaux du palais apostolique jugés trop ostentatoires pour s’installer dans la résidence Sainte-Marthe, bien plus modeste. Il partageait les espaces communs avec d’autres membres du clergé. François fuyait les honneurs dus à son rang. Il admonestait celles et ceux qui profitaient des privilèges liés à leur position dans l’Eglise ou ailleurs. Les cardinaux aujourd’hui rassemblés pour élire son successeur ont été les premiers à subir ses foudres.  

Je me souviens encore de cet épisode où invité à Rome quand il servait la Curie, mon père m’avait emmené avec lui et une partie de la famille pour une bénédiction. (Nous en avions profité pour avaler un tartuffo plazza Navona. L’eau bénite c’est bien, un tartuffo c’est pas mal non plus.) Je crois bien que c’était pour Pâques. Avait été monté pour l’occasion un buffet où le Pape devait nous rejoindre. Il ne vint pas. J’avais appris plus tard que le format lui avait semblé trop riche, pas assez simple. Les organisateurs avaient été aimablement sermonnés. J’avais aussi pris conscience que j’avais voulu bénéficier de ma position de privilégié pour le rencontrer. Leçon retenue.

Cynthia Fleury

S’arrêter à rappeler que l’entreprise a vocation à créer de la richesse serait commettre un péché par omission. Ne souhaitant pas alourdir mon sac-à-dos déjà bien rempli en attente d’être vidé au confessionnal – je ne me presse pas -, je me dois de repréciser. L’activité des entrepreneurs est tournée vers la production de richesse et l’amélioration du monde pour tous. Les deux vont de pair. Ils sont les deux faces d’une même pièce pour le successeur de Saint Pierre. N’allez pas tenter d’accumuler des richesses sans vouloir rendre le monde meilleur, le Pape n’aurait pas approuvé.

Nous avons tous notre définition de l’amélioration du monde. François précisait dans Fratelli tutti la sienne. « Il ne s’agit pas de permettre à certains de vivre avec dignité, mais qu’ils puissent tous le faire. »

Là encore, la notion de dignité est à géométrie variable. Cynthia Fleury dans une émission de Quotidien rappelle que le mot apparaît dès le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » La dignité est sœur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Au fond, la dignité est consubstantielle à l’homme. Là, ce n’est pas le Pape qui le dit mais les 58 chefs d’Etats et de gouvernements qui adoptèrent la Déclaration.

François savait employer un langage simple, parfois cru que tout le monde pouvait comprendre. Dans Evangelii Gaudium (2013), il dénonçait « une économie de l’exclusion et de l’iniquité.» Plus loin, il précisait « cette économie tue ». Le chef du Vatican utilisait ce terme au premier degré. L’effondrement de notre biodiversité l’illustre malheureusement très bien. 

Le Pape pousse plus loin encore dans Laudato si’ son encyclique sur l’écologie (2015). Ce texte facilita les Accords de Paris signés quelques mois plus tard. Il ne se contente pas de défendre la nature. Il relie la crise écologique à une crise de la relation. Relation à la nature, mais aussi relation aux autres. Et dans ce contexte, l’entreprise, elle aussi, est appelée à se convertir. « Une authentique approche écologique devient toujours une approche sociale » écrit-il. Voilà un axiome qui devrait plaire aux dirigeants RSE et Développement Durable qui me lisent.

Sept ans plus tard, en 2022, s’adressant à des chefs d’entreprise italiens, il leur disait cette phrase qui m’avait plu:

« Vous êtes appelés à être des entrepreneurs de l’espérance. »

L’espérance, c’est un peu ce que partage Philippe Rivière avec nous dans l’épisode du jour. Cette espérance, c’est celle d’un pays de retrouver le chemin de la prospérité. François nous rappellerait dans la seconde de distribuer le fruit de cette prospérité. Qu’il se rassure, cela, nous saurons faire. Pour ce qui est de produire de la richesse, un petit coup de pouce venu d’en-Haut serait le bienvenu.

Comme l’entreprise est lieu de dialogue et d’action, pas celui de la prière, je finirai cet edito par un vieil adage paysan que Jean de la Fontaine remit au goût du jour et que l’on trouve déjà chez Homère. Aide-toi, le ciel t’aidera ! 

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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Le podcast de la semaine

Philippe Rivière, CEO

ACl Groupe

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entrepreneurs de l’espérance, Interview de Philippe Rivière