Ce podcast est sponsorisé par BlueBirds

Logo sponsor Bluebirds   AccueilContact

Une carte postale

Ma petite entreprise ne connaît pas la crise me suis-je dit en revenant de Porto. 

Je préférerais des vents plus favorables mais les douceurs de l’Atlantique sur les rives du Douro m’ont rappelé une fois n’est pas coutume mon immense chance. Comme nous regardons tous midi à notre porte, je regarde toujours d’abord la santé de mes finances familiales et celles de BlueBirds avant les autres. Je me rappelle à chaque fois mon privilège, cela aide à passer le pas de ma porte.

J’ai donc quitté mon bureau et ai descendu quelques étages pour accueillir Coralie Albalat qui dirige les opérations de CDP Distribution. Vous découvrirez les activités de CDP Distribution en nous écoutant. Il est vraisemblable que vous soyez déjà client. Et si ce n’est pas le cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire. 

Coralie dirige une société ayant perdu les deux tiers de son Chiffre d’Affaires du jour au lendemain. C’est en lui tendant mon micro et en lisant les journaux que je me rappelle une fois de plus le privilège qui est le mien et celui de mon équipe. Il faut une force hors normes pour rattraper une chute de 66%. Beaucoup n’y arrivent pas. Peut-être vous direz-vous à votre tour que même si votre job n’est pas facile, celui de Coralie est sans doute bien plus difficile que le vôtre et le mien réunis.

Mme Louwagie

CDP Distribution renaît de ses cendres. Rien n’est tout à fait gagné encore, mais Coralie, ses équipes et moi-même commençons à y croire. Hors micro, elle me confiait qu’elle revenait tout juste de sa rencontre avec Véronique Louwagie. 

Vous ne connaissez vraisemblablement pas Mme Louwagie. Moi non plus, il m’a fallu demander à mon chat. Elle est Ministre déléguée, en charge du Commerce, de l’Artisanat, des PME et de l’Economie Sociale et Solidaire. Apprenant qu’une si petite société s’était faite une place dans l’agenda d’une Ministre, je m’étais joint à ma petite voix intérieure émue d’une telle attention. Mais comment diable une Ministre pouvait-elle passer du temps sur une PME comme CDP Distribution ? Elle devait avoir mille sujets plus importants. Et puis je m’étais repris. Après tout, pourquoi pas. C’était même très bien. Voilà une dame en charge de l’Artisanat et des PME qui recevait une société de son portefeuille et faisait preuve a minima d’écoute. Peut-être même lui avait-elle donné un coup de main. L’histoire ne le dit pas. Voilà deux dirigeantes au fond qui faisaient leur job. Notre invitée du jour qui se donnait toutes les cartes en main pour redresser sa société. Et une Ministre qui se penchait sur son cas.

M. Saint-Martin

Quand vous êtes au Commerce comme l’est Mme Louwagie, la vie n’est pas très facile. Vous incarnez tout un pan d’activité d’un pays, mais surtout vous dirigez un portefeuille dont les fonctions ont été largement transférées à l’UE. C’est encore plus vrai pour Laurent Saint-Martin, alter ego de Mme Louwagie au Commerce Extérieur. Le périmètre de Mme Louwagie s’arrête, lui, au Commerce Intérieur. 

Les plus sarcastiques d’entre nous s’interrogeraient sur votre utilité si vous endossiez le costume de notre Ministre. Les plus compréhensifs vous rappelleraient que votre rôle ne se limite pas au soutien du commerce, au dialogue avec les fédérations professionnelles ou encore au développement de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). La régulation commerciale, ce serait vous. La loi Egalim, ce serait donc aussi vous et de potentiels projets de loi, ce serait encore vous. Comme je suis d’humeur taquine ce matin, je serais tenté de vous demander l’intérêt de produire un projet de loi si vous ne pouviez pas y écrire grand-chose, UE oblige. Et s’agissant de la loi Egalim comme beaucoup de lois qui régissent le commerce en France, elles sont facilement contournables en toute légalité : le commerce n’a pas de frontières au sein de l’Union Européenne. 

Pour le dire autrement, nous ne mesurons pas à quel point nos dirigeants publics ont perdu leur capacité d’action. Ne leur en voulons donc pas de renvoyer parfois l’image d’inaction. Ils ne sont pas inactifs, c’est seulement qu’ils ont souvent perdu leur capacité à agir. Ils n’ont plus la main. Cette main, nous l’avons offerte à l’UE. Elle ne s’est pas faite prier et continue d’en demander chaque jour. C’est humain.

La France est en récession d’après l’indicateur PMI composite. Je ne le lis dans aucun journal sauf chez Reuters. Alors quand j’observe les difficultés économiques de notre pays, pas seulement celles de Coralie, pas seulement non plus celles des périmètres de Mme Louwagie et de M. Saint Martin, mais celles de toutes les sociétés de notre pays, je me pose toujours les mêmes questions. Que peut faire cette société pour s’en sortir ? Que peut faire BlueBirds pour elle ? Vous êtes nombreux à me lire pouvant l’accompagner. Que peuvent faire nos gouvernants publics français ? Et enfin, que peut faire l’UE ?

En hissant à 30% les taxes douanières des produits manufacturés depuis l’UE à destination des Etats-Unis et en appliquant cette hausse dès le 1er août, l’administration américaine n’aura pas d’impact sur la renaissance en cours chez CDP Distribution. La société vend exclusivement en France. En revanche, pour les sociétés françaises exportant aux US, la musique est un peu différente. Un peu plus de 100 000 entreprises françaises exportent à travers le monde. Elles ont vendu pour près de 60Md$ aux US l’année dernière. La hausse des taxes douanières aux frontières américaines aura pour conséquence de relever le prix des produits Made In France commercialisés aux US et/ou de diminuer leurs marges. Pas besoin d’être diplômé en macro-économie pour s’attendre à une baisse des ventes en volume depuis la France vers les US et conséquemment, de la production sur le sol français. Ce qui est vrai en France l’est davantage encore en Allemagne ou en Italie, bien plus exportateurs que nous ne le sommes.

M. Ferracci

C’est donc encore notre industrie qui s’apprête à souffrir des décisions outre-Atlantique. Que peuvent y faire nos dirigeants me suis-je donc interrogé.

Voici le message sur LinkedIn de Marc Ferracci, Ministre de l’Industrie, daté du 23 juillet suite aux annonces de l’administration américaine relevant les droits de douane pour les produits issus de l’UE. Il est ici:

Face aux pressions de Donald Trump, l’industrie française recommande la fermeté. 

J’ai réuni ce mardi un Conseil national de l’industrie exceptionnel, à la suite de l’annonce par Donald Trump de droits de douane de 30 % contre l’Union européenne, applicables dès le 1er août.

Autour de la table : représentants syndicaux, patronaux, filières industrielles. Nous avons fait le point sur les scénarios envisagés, les marges de manœuvre européennes, et les conséquences concrètes pour nos entreprises et nos emplois.

Un consensus se dégage : l’Europe ne doit pas rechercher un accord à tout prix mais exiger une relation équilibrée avec les États-Unis. Seul cet équilibre garantit l’avenir de son industrie. 

Le Conseil National de l’Industrie a adopté à l’issue de la séance un avis qui donne une ligne claire : la Commission doit rechercher un accord équilibré, et pour ce faire donner le signal que l’Union défendra ses intérêts avec fermeté, en adoptant le plus tôt possible les contre-mesures appropriées aux annonces de l’administration Trump. 

Cet avis sera transmis à la Commission européenne dans les prochains jours, avec un appel à l’unité de toutes les industries européennes autour d’une ligne de fermeté exigeante.  

Les 30% pourraient bien atterrir à 15%. Et puis on peut être d’accord ou en désaccord avec la position de notre Ministre de l’Industrie, peu importe ici. Vous noterez surtout qu’il ne décide de rien. Il « transmet un avis » à la Commission Européenne. 

D’autres font de leurs recommandations un métier. Quand vous n’êtes pas conseil, vous produisez un mémo ou un rapport. Parfois, vous levez la main en réunion et vous vous exclamez: « J’ai peut-être une idée. » En vacances, vous faites coucou à vos amis en envoyant un WA avec selfie à l’appui ou mieux, une carte postale : « On pense bien à vous, c’est top ici vous devriez venir voir, grosses bises ». La forme change, le destinataire aussi. Le fond, lui, est le même : vous avez votre mot à dire mais vous ne décidez pas.

Notre Ministre de l’Industrie sait à juste titre que ce qui impacte le commerce, ici les droits de douane, impacte les sociétés qui manufacturent depuis le sol français. La hausse des droits de douanes freine ou arrête la fabrication de produits à destination des US. C’est le but recherché par l’équipe présidentielle américaine qui espère par voie de conséquence transférer cette production sur son propre sol.

Allez lire Une famille américaine par JD Vance pour vous en convaincre. Vous comprendrez mieux en même temps pourquoi l’Amérique est devenue républicaine. Vous saisirez aussi comme moi que beaucoup des enjeux économiques et sociaux américains agitent également la société française. Evitons tout malentendu. Je ne suis pas en train de vous inciter à adopter les lignes du Vice Président au pouvoir aux US. Mais croyez-moi, comprendre les attentes des Américains aide à comprendre certaines attentes françaises. Appauvrissement, désindustrialisation et crainte de l’autre sont au cœur des ressorts qui ont fait réélire M. Trump. 

Mme Von der Leyen 

Commerce et production sont les faces d’une même pièce. Cette pièce se trouve maintenant largement à Bruxelles et à Strasbourg au siège du Parlement européen. Nos Ministres Louwagie, Saint-Martin, Ferracci et d’autres encore en viennent à pousser leurs propositions. Ils décident de moins en moins au sein du portefeuille dont ils ont la charge. Parfois, il faut le reconnaître, ils ne décident de rien du tout. Pas plus que notre Président de la République. C’est le cas ici avec les taxes douanières.

Notre volonté de décider trouve chez chacun ses ambitions et ses limites. Le premier mode de gouvernance au monde est un dipôle, il s’appelle la famille. Cela ne fonctionne pas trop mal. Madame portera le plus souvent la culotte. Parfois Monsieur se rebiffera et imposera son programme télévisé. Il décidera. C’est rare. En entreprise aussi il faut bien un chef d’équipe, de site, de BU ou de Groupe. Tout le monde n’y aspire pas, tout le monde n’en a pas la capacité. Nous sommes tous le gouverné de quelqu’un. Dans mon cas, on me dit souvent que je n’ai pas de patron. C’est oublier que j’ai autant de patrons que de clients. 

Je ne suis pas à plaindre quand j’entends mon épouse décider pour deux, bien au contraire. Madame a raison le plus souvent. Pourtant, parfois moi aussi je me rebiffe. Si si ! L’UE non plus n’a pas toujours raison. Alors j’aimerais que nos Ministres eux aussi secouent notre Europe, pas seulement qu’ils lui envoient un avis. 

Cela ne marche pas comme cela Martin. L’humeur du moment est à l’amical recommandé ou au billet doux. Comme ce sont les vacances, c’est aussi le moment des cartes postales. Cette dernière Newsletter avant le break de l’été servira donc de carte postale à la Présidente de la Commission européenne. 

Elle ne me lira pas mais si je peux vous faire sourire en ce dimanche matin, ce sera déjà pas mal.

Commerce et production : la carte postale de Porto

Bonnes vacances à tous. 

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.

logo bluebirds

Le podcast de la semaine

Coralie Albalat, Directrice des Opérations de CDP Distribution

CDP Distribution

Écouter l’épisode

Commerce et production : la carte postale de Porto