L’acier, la guitare et nous
“More, more, more !” chantent Billy Idol et Miley Cirus dans Rebel Yell ci-dessus. Ecoutez un instant et montez le son avant d’aller plus loin!
Non, ils ne parlent pas d’acier, thème de la semaine. Ils pourraient,mais évoquent ici un truc que nous connaissons tous et qui s’acoquine bien d’élans du cœur et du corps. More, more more ! J’aime bien voir Miley Cirus donner un coup de jeune à ce vieux morceau. Je ne suis pas particulièrement fan des artistes mais la scène en même temps que les chanteurs et le titre renvoient une énergie folle. (Allez tout de même écouter dans une de nos playlists plus bas l’interprétation de Heroin par Billy Idol si vous êtes déjà amateur de la version du Velvet Underground, c’est juste génial). Observant que la gen-Z écoute absolument tout, peut-être le tube passera-t-il à la prochaine soirée organisée par les enfants à la maison. Cette lettre aura au moins servi à cela. J’irai crier more, more, more avec eux !
Avez-vous remarqué la taille du plateau ? Et les décors ? Regardez tous ces téléphones portables par milliers qui éclairent une scène arborée d’écrans géants crachant un feu dépollué de carbone.Je ne me lasse pas de voir et revoir le show. « She want more ! »
Plus d’une génération sépare les deux chanteurs. D’un côté l’ancien monde, Billy Idol est né en 1955. Or le concert se tient en 2021, prenez vos calculettes. Les guitaristes, comme pour toute cette génération de rockers, ont oublié d’acheter un peigne. On leur pardonne volontiers, leurs riffs valent bien d’avoir raté un sponsorship avec les shampoings Garnier. De l’autre, Miley Cirus, tout en élégance, a 29 ans le jour de leur duo. Lorsque les camera s’arrêtent sur quelques fans choisies sans hasard, vous observerez des femmes de tous âges. Elles sourient toutes en plus de s’être faites belles. Remarquez la joie de Billy Idol à la fin de la performance. Il a pris un plaisir fou !
Le blues et le jazz aussi
Les clichés voudraient relier l’industrie lourde qu’est l’acier au genre musical du rock version hard. Loin de moi cette pensée. L’acier est partout, y compris dans la musique, et certainement pas seulement dans le rock. Le blues et le jazz aussi. Me demandant si les instruments électriques employées par les guitaristes du jour étaient faits de cet alliage de fer, de carbone et de « poudre de perlimpinpin », j’ai fait une découverte sympathique : c’est le cas de leurs cordes. Billy Idol, Jimmy Hendrix, Lenny Kravitz, Stevie Ray Vaughan, Eddie Van Halen, BB King, Keith Richards, Mark Knopfler, David Gilmour et tant d’autres encore peuvent dire merci à l’acier. Nous aussi.
Je n’ai pas suggéré à Matthieu Jehl, PDG d’ArcelorMittal France que j’interviewe cette semaine, d’organiser un tel concert dans les aciéries de Dunkerque, mais je dois reconnaître que l’idée m’a traversé la tête. (Et puis il me lit vraisemblablement aujourd’hui, considérez cela comme chose faite.) Dieu que cela enverrait ! Un décor génial, des artistes non moins géniaux, une énergie hors norme. Comment mieux mettre en avant une usine centenaire ou une église millénaire par de la musique ? De manière assez surprenante, les rocks de Billy Idol ou quelques chants grégoriens se marieraient aussi bien l’un que l’autre aux deux lieux.
Les trois petits cochons
De là à penser que l’usine de Dunkerque ou de Mardyck en train de se lancer dans la fabrication d’aciers spéciaux à destination de nos véhicules électriques sont à l’image de ce concert donné à Vegas, il y a un pas que je ne ferai pas. Mais tout de même. Ces sites ont traversé les âges et sont entrés récemment à vitesse grand V dans notre économie en transition. Qui se préoccupait vraiment d’ArcelorMittal depuis Florange hormis ces hommes et ces femmes qui ont continué de fabriquer cet acier se trouvant partout où se porte notre regard par rayon X? Par une forme de heureux hasard provoqué par des circonstances malheureuses elles, c’est notre prise de conscience écologique qui nous a conduit à nous tourner avec un regain d’intérêt vers nos industries les plus émettrices de CO2.
J’observe avec vous deux nouvelles images d’ArcelorMittal en construction. La première s’appuie sur les initiatives de décarbonation entreprises par l’aciériste. Si vous n’êtes pas du secteur, vous n’imaginez peut-être pas la révolution que représente le changement de process de désoxydation du fer. Il se fera désormais à partir d’hydrogène pour éviter l’usage du charbon. L’industrie n’avait pas connu un tel changement depuis sa naissance, c’est-à-dire à l’âge du fer qui débuta vers 1200 avant J.-C! La foule pardonne bien volontiers à l’entreprise son volume d’émissions dès lors qu’elle prend le chemin d’une diminution de ce volume. Objectif 0 en 2050. ArcelorMittal se construit une image moderne et positive parce qu’elle est devenue l’un des premiers leviers de la décarbonation de notre économie. Et qu’elle agit.
Une autre image d’ArcelorMittal est venue se superposer à la première en même temps que nous avons commencé à désynchroniser croissance de PIB et croissance de nos émissions : celle de l’absolue nécessité de cette entreprise. Sans ArcelorMittal, pas de voitures, pas de centrales nucléaires, pas de béton armé même bas carbone, donc pas de bâtiments à moins de revenir aux cabanes des trois petits cochons.
La lame du forgeron
Certains lecteurs ici penseront que le mot « croissance » appartient à un autre siècle. « More, more more ! » serait d’un autre temps.
Qu’ils se rassurent. Notre croissance, prise entre le marteau d’une volonté nouvelle de décroître par les uns que renforce le désintérêt plus ancien pour la chose par d’autres et l’enclume de vouloir grandir, cette croissance tend depuis 50 ans vers l’épaisseur moyenne de la lame du forgeron, c’est-à-dire quelques millimètres. Alors plutôt que de nous écharper dans un débat où il est fort à parier que les membres de chaque clan ne tomberont jamais d’accord, – on ne peut pas croître et décroître en même temps sauf à être à zéro ce qui est maintenant le cas ou presque – commençons déjà par nous demander ce qui est essentiel à notre société. Il y a pas mal de chances que nous soyons d’accord sur de nombreux points.
Il est peut-être là le chemin de la croissance future: la croissance de l’essentiel pour que cet essentiel soit accessible à tous et la décroissance, ou plutôt le désintérêt natuel ou tout au plus un intérêt relatif pour tout ce qui est moins essentiel ou pas du tout. J’ai tendance à penser que l’activité humaine s’oriente naturellement selon ces deux tendances simultanées. Tous les parents de la Terre le savent déjà. S’agissant de ce qui a un prix, ils s’assurent d’abord d’offrir un toit, une soupe et des études à leurs enfants. Le reste, les vacances, les divertissements, le futile, viennent après.
Ce qui est vrai pour un foyer l’est aussi pour une entreprise ou une nation. J’aurais bien aimé que notre Président ou notre Premier Ministre soit père. On voit le monde différemment quand on devient parent. On regarde d’abord l’essentiel pour ses enfants. Et puis le sourire d’un enfant vous ôte au moins quelques instants les turpitudes du monde adulte. Quand on est au sommet de l’Etat, toutes les préoccupations des citoyens remontent à vous, de la plus anecdotique à la plus terrifiante. Je suis absolument convaincu qu’un enfant à la maison les aiderait à vivre leur quotidien comme nous le nôtre.
Demandons-nous donc si l’acier est indispensable par exemple. A moins de vouloir fermer nos hôpitaux, d’équiper nos armées avec des lances en bambou et de couper le chauffage dans nos écoles, la réponse va de soi.
Ces trente dernières années nous ont appris qu’il n’y a pas de pays sans industrie. Il n’y a pas d’industrie sans acier. Et en France, il n’y pas d’acier sans ArcelorMittal.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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