Un avion pas comme les autres
Je fais partie de ces personnes en entreprise qui se disent qu’il n’y a pas de temps à perdre.
Qu’une réunion de 10 minutes vaut bien plus que celle de deux heures où l’on discute beaucoup mais où l’on décide peu. Qu’une machine à l’arrêt, c’est du CAPEX qui attend d’être utilisé et donc de l’argent jeté par les fenêtres. Comme ces maisons et ces appartements que nous achetons des centaines de milliers d’Euros pour les payer toute notre vie mais que nous n’utilisons pas la moitié du temps parce que nous sommes au travail et nos enfants à l’école. Comme ces voitures qui roulent 2% à 3% du temps que Dieu leur réserve sur notre petite planète.
A la maison aussi, j’ai longtemps voulu aller vite parce qu’une heure est incompressible alors que ce que l’on peut y mettre semble faussement compressible. En une heure, on peut écouter Olivier Brourhant, Chairman et CEO de Mantu répondre à mes questions tout en vaquant à autre chose. On peut écouter deux épisodes d’une série Netflix. On peut aussi lancer la vaisselle, une lessive et faire un exercice de sciences physiques ou de mathématiques avec son enfant (mais pas deux…). On peut aussi passer une dizaine de coups de fil dès lors qu’ils sont transactionnels (cela c’est quand on n’appelle pas la CAF, soupir encore).
Le tic-tac de l’horloge
J’ai donc toujours voulu aller vite et beaucoup d’entre vous qui me lisez, vous vous dites et dites souvent à votre entourage comme moi : « je n’ai pas le temps ». C’est là un drôle de paradoxe. Plus nous allons vite, et moins nous avons de temps. On aurait pu penser le contraire. Aller vite ne servirait-il donc à rien ?
Je m’en voudrais de laisser sous-entendre une telle assertion. Aller vite peut être très utile, surtout au travail, que l’on se batte contre les avancées technologiques de Tesla, que l’on veuille respecter le calendrier d’un chantier ou ne pas faire attendre la cliente qui s’apprête à s’adresser à son boucher. Un rôti n’attend pas. Mais reconnaissons aussi qu’aller un chouilla moins vite, plus exactement à son propre rythme, sans se forcer, prendre le temps et entendre le tic-tac de l’horloge résonner dans le vestibule, peut s’avérer être moins productif mais bien plus enchanteur dans d’autres contextes.
Mon rapport au temps, plus exactement à la vitesse, a commencé à changer quand je suis devenu entrepreneur. Les trois premières années sont passées en un claquement de doigts. Quand vous vous lancez, vous ne regardez pas un instant derrière vous. Tous les matins, vous partez en forêt, vous abattez quelques arbres qui se dressent devant vous pour en faire une clairière et vous y cultivez ce qui deviendra bientôt une ferme et, vous l’espérez, un jour, peut-être, une société respectable. (« Abattre une forêt » vient du fond des âges paysans de notre pays, ne m’en voulez pas d’user d’une expression qui s’accommode peu de nos temps contemporains). Et puis vous recommencez le lendemain matin. Trois années se sont donc écoulées ainsi en quelques fractions de secondes chez BlueBirds qui ne portait pas ce nom à l’époque.
Je me suis réveillé un matin réalisant que toute cette agitation frénétique allait potentiellement durer des années. On n’y pense pas un seul instant le jour où l’on se lance. Etre entrepreneur, ce n’est pas seulement « lancer une société », c’est surtout « la faire grandir dans la durée ». Etre entrepreneur ou chef d’entreprise n’est en aucun cas un sprint, ni même une course de demi-fond ou de fond. Un marathon ? Tous les coureurs vous diront qu’il faut des semaines pour s’en remettre avant de repartir. Non, ce n’est rien de tout cela.
En marchant
C’est une marche. Une marche que vous faites à votre propre rythme.
En marchant, vous rencontrez plein de gens. Certains vont très exactement dans la direction opposée à la vôtre. Vous en croisez d’autres à quelques carrefours qui s’en vont à droite à ou à gauche. Ils vous saluent tout en se demandant ce que vous-mêmes vous vous demandez au même moment : « Où va-t-il ? ».
Certains autres proviennent du même endroit que vous mais sont partis plus tard. Ils vont plus vite et vous rattrapent. Vous êtes à pied, ils sont en voiture. « Je vous emmène un peu plus loin ? » vous interrogent-ils tout souriants en freinant à votre passage. « Why not ! ». Et vous voilà embarqué avec un client que vous ne remercierez jamais assez.
D’autres viennent aussi du même chemin et klaxonnent en vous dépassant à vive allure. Vous aviez entendu leur moteur s’approcher de derrière par effet Doppler. Ils passent sans se retourner. Pour peu que la voie soit mouillée de la dernière pluie, ils vous éclaboussent. Vous grommelez, essuyez comme vous pouvez votre pantalon, reprenez la carte en vous aidant du paysage. Et vous repartez.
D’autres encore, heureusement rares, méconnaissants et un peu sots vous insultent en vous dépassant, ou pire, médisent dans votre dos. Vous tentez de ne pas trop y prêter attention, vous rappelant ce qu’Audiard pensait des cons mais aussi que tout, absolument tout, passe par l’éducation.
Il vous arrive aussi de rattraper d’autres personnes sur ce chemin parce que vous marchez à votre rythme et que votre rythme n’est pas le leur. Ils avancent plus lentement. Certains sont en train de marquer une pause. Parfois, ils patientent sur le bas-côté à la suite d’un accident. Vous tentez d’aider les derniers, vous discutez le bout de gras avec les seconds. De temps à autre, avec les premiers, vous parcourez ensemble quelques kilomètres du voyage jusqu’à ce qu’ils jugent que «tu avances trop vite Martin, pars devant ». Nous nous saluons, vous savez que vous croiserez de nouveau leur route un jour. Un dernier au-revoir, vous réajustez votre sac-à-dos. Et vous repartez droit devant.
C’est vrai qu’il m’arrive de vouloir aller un chouilla plus vite. Je ne serais pas honnête avec moi-même ni avec vous à ne pas évoquer les moments plus rares mais non nuls où je me demande comment aller beaucoup plus vite. Je me rappelle alors aussi que la marche que j’entreprends avec celles et ceux qui me font confiance est belle. Le paysage est beau, les rencontres sont belles … et les obstacles superbes !
Je ne suis pas un immense fan de ces gourous des réseaux qui à longueur de journée vous expliquent la vie et qui vous donnent conseil sur conseil sans que vous n’ayez rien sollicité de leur part. Ils me semblent rares les messages universels. Les religieux quand ils sont raisonnables, les philosophes quand ils mettent des bottes pour marcher sur la terre ferme, les soldats revenus de l’enfer, les femmes qui viennent de donner la vie, eux ont souvent une parole qui méritent un peu d’attention. La mienne vaut bien peu de choses à côté. Mais j’ai appris un truc que je me permets de partager avec vous ici : l’expérience de vie sur votre chemin vaut bien plus que la vitesse à laquelle vous le parcourez ce chemin.
L’une n’empêche pas l’autre non plus. A aller vite, on voit plus de choses, on fait plus de choses. A aller vite, on construit davantage.
Le Rafale
Perdu dans vos pensées déambulatoires, vient un jour où passe au-dessous de votre tête un avion de chasse, une sorte de Rafale. Il va plus vite que le son, alors vous ne l’entendez pas arriver derrière vous. Et c’est déjà quand il est loin devant à l’horizon que le vacarme de ses moteurs vous fait bêtement tourner la tête vers le ciel vide du bleu et de quelques nuages s’étonnant ce qui vient de les traverser. Quand votre regard revient à l’horizontal, l’avion n’est déjà plus là. Il a dépassé cette ligne courbe où se rejoignent le ciel de la terre. La Terre est ronde, cet avion le voit bien, lui qui vous regarde comme un point sur une carte si jamais il vous voit, lui qui passe d’un pays à un autre en quelques minutes et d’un continent à l’autre en quelques heures.
Cet avion de chasse, cela pourrait être Mantu.
Il faut avancer à une vitesse rare pour passer de 0 à 1Md€ de CA entre 2007 et aujourd’hui. C’est juste phénoménal pour une société de services et de conseil.
Comme il n’y a pas de réussite sans quelques recettes, parfois secrètes, appliquées à la perfection, je vous invite amicalement à les découvrir ces recettes. Je les explore avec mon invité de la semaine. L’une m’a particulièrement plu et raisonne encore dans ma tête au moment où je cherche à accélérer la croissance de la société que je dirige : « Il faut recruter meilleur que soi ».
Je vais essayer. (Non non Martin, tu ne vas pas essayer, tu vas réussir, ce n’est pas si difficile crois-moi!)
Peut-être cela me donnera-t-il envie de voler dans un avion aussi beau et aussi rapide qu’est Mantu. Peut-être cela me donnera-t-il envie de quitter mon chemin de marche qui n’est déjà pas si mal.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
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