De la Tech pour la Fab
Il faudra un jour changer tous ces anglicismes. Je ne suis pas un fanatique de la loi Toubon, mais il faut reconnaître qu’à la longue cela devient bizarre de faire référence à Shakespeare pour employer la langue de Molière.
En attendant, je n’ai pas trouvé mieux que « Tech pour Fab » pour exprimer en moins de 20 lettres une idée qui résume la tendance qui traverse tous les secteurs industriels : notre avenir industriel se trouve dans les lignes de code que nous injectons dans les machines qui garnissent nos usines.
Luca de Meo, actuel PDG de Renault, le dit bien mieux que moi au micro d’Adrian Dearnel plus bas. Si vous n’avez pas la sagesse de l’écouter mais plutôt la paresse de me lire – ce qui me va tout aussi bien -, voici une synthèse de sa pensée. « Une voiture n’est plus un moteur auquel on attache des roues et un volant en y injectant de la technologie, c’est de la technologie autour de laquelle on branche un moteur, des roues et un volant ». Petite révolution au point que les plus grands concurrents de nos constructeurs historiques ne sont plus Ford, Toyota ou Audi mais Google, Microsoft et consorts. Or leurs moyens sont sans commune mesure plus élevés. Je vous épargne les chiffres, ils font peur. Je m’en voudrais de gâcher votre café dominical.
Je n’étais donc finalement pas très surpris que l’histoire deOSS Venturesracontée par Renan Devillieres dans le podcast de la semaine commence par sa prise de conscience de la révolution industrielle en cours en visitant une usine de Tesla. Je l’étais davantage quand je l’entendais égratigner Stellantis. Notre constructeur est-il à ce point en retard ? Je ne peux pas juger.
Et puis j’ai toujours une fâcheuse tendance à instiller moi-même une part de doute dans des assertions déclamées avec assurance. Plus je ressens d’assurance chez mon interlocuteur, plus je me demande où le loup se tapit. Je le dois je crois à ma formation scientifique. (Renan étant diplômé de l’ENS, il ne m’en voudra donc pas j’espère). Tous ceux qui me lisent et ont reçu un enseignement scientifique savent qu’une théorie nouvelle chasse la précédente avant elle-même d’être jetée aux oubliettes. En même temps que vous apprenez une théorie, vous pouvez douter d’elle car elle sera un jour effacée par sa sœur cadette, plus forte, plus belle bien qu’encore imaginaire. C’est ainsi qu’Aristote qui pensait que les objets légers s’envolent fut remercié par Galilée, lui-même envoyé au grenier par Newton qu’Einstein fit descendre de son piédestal. Ce dernier siège aujourd’hui au milieu du salon des théories de la gravitation pendant que de nouveaux prétendants essaient d’expliquer l’énergie manquante à notre univers en expansion accélérée.
Bref, en dépit parfois des apparences, je doute souvent, même du retard technologique de Stellantis. C’est même plus profond. Le doute de mon interlocuteur me rassure. Voilà quelqu’un qui ne fonce pas tête baissée sans réfléchir me dis-je. Le doute de l’autre m’ôte une autre doute, le mien.
Une fois passé le temps de la réflexion, il faut bien agir. J’aime beaucoup cette maxime que s’est faite Valérie Lorentz-Poinson, DG des Laboratoires Boiron rencontrée à l’occasion de l’épisode #41 de ce podcast : « Respirer, réfléchir, agir, toujours dans cet ordre ». Elle en a fait un livre: «Wonder women, dites-oui à vos pouvoirs ».
Renan lui, cela y est, il a eu le temps de mûrir son projet : il positionne OSS Ventures comme l’unique startup studio dédié à l’industrie en Europe. Il déroule et va aussi vite que possible. Vraiment, écoutez-le. C’est frais, souvent drôle, et plein d’enseignements.
Si vous êtes chef d’entreprise industrielle ou directeur industriel de l’une des 55 000 usines de France et que vous me lisez, demandez-vous comment vous vous positionnez sur l’échelle de maturité technologique sommairement décrite par Renan dans l’épisode. D’après lui, 40% de nos sociétés industrielles sont de son point de vue « des causes perdues ». 40%, c’est quand même beaucoup. J’en doute. Encore. Et formule le vœu que vous n’en fassiez pas partie.
Filez recruter une équipe de tech si vous ne l’avez pas déjà fait. Si vous ne savez pas quoi leur faire faire, Renan ou un autre comme lui aura des idées pour vous.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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