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Cinq seaux


Nous préférons tous les bonnes nouvelles aux mauvaises au point d’éviter d’aller chez le médecin alors que nous nous savons malades. Une petite musique intérieure nous dit qu’il ne va pas nous annoncer seulement des joyeusetés. A force d’attendre, nous savons que les choses empirent. Pourtant, nous attendons. Arrive le moment où il n’y a plus le choix. Nous prenons notre courage à deux mains et appelons le dentiste, le gastroentérologue ou notre psychologue. Ou bien nous filons aux urgences.

Cette façon de se comporter est très humaine. Elle est universelle au point d’avoir été étudiée en long et en large. Piers Steel fait partie de ceux-là. Il écrivit en 2007 depuis Calgary un papier remarqué sur le sujet. Ce comportement continue de me surprendre et me surprendra toujours. Il s’applique à notre vie quotidienne, aux entreprises et aux Nations.

L’incapacité de notre Etat à réformer le pays vient aussi de là. Cela peut attendre se dit-il consciemment ou inconsciemment. A force d’attendre, il se rendra aux urgences comme ces malades ayant attendu la dernière minute pour se soigner. Je serais taquin, je lui indiquerais qu’il faudrait que les urgences puissent le recevoir.

Churchill

Churchill qui jouait aussi bien la comédie que la dramaturgie écrivit dans ses mémoires : « If you will not fight for the right when you can easily win without bloodshed…you may come to the moment when you will have to fight  with all the odds against you and only a precarious chance of survival. »

Encore ce fichu temps. Il est l’allié des jeunes. Il est souvent un adversaire quand il s’agit d’agir. Quand dépassé par mon agenda je me surprends à aller à droite ou à gauche en oubliant le nord je me remémore la parole de Saint François : « Commence par le nécessaire. Fais ensuite ce qui t’est possible. Tu pourras déplacer des montagnes ensuite. » La maîtrise du temps, savoir quoi faire et ne pas faire à chaque instant, est une qualité rare. 

Mon invité du jour, Franck Gervais, Directeur Général du Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs a cette qualité. Il n’est ni urgentiste ni chef d’un Etat en souffrance, encore moins moine.  Sa passion est l’entreprise même s’il a servi notre Etat au début de sa carrière.

Franck Gervais a sauvé l’entreprise qu’il dirige aujourd’hui. Il nous raconte dans l’épisode du jour comment il s’y est pris. Les chefs d’entreprise ne sont jamais trop bavards sur les moments difficiles des entreprises. On le comprend. Franck ici est sans filtre même si en une heure de temps nous n’entrons pas dans les détails. Ni catastrophiste de la situation qu’il a découverte en arrivant, ni fanfaron d’avoir remis le Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs sur les rails, Franck nous dit simplement avec des mots que nous pouvons tous comprendre la recette qu’il a appliquée. A moins que vous soyez spécialiste du redressement d’entreprise, vous en apprendrez forcément en écoutant Franck répondre à mes questions. Le facteur temps est crucial dans un tel exercice. Il le rappelle à plusieurs reprises dans notre conversation.

Pas de waouh criés au micro, pas de larme feinte, pas de feu d’artifice : il y a un calme chez Franck qui rassure et qui me fait vous dire que Franck est une personne rare.

Ce qui est plus commun, ce sont ces entreprises qui doucement mais sûrement s’enlisent dans un modèle qui fonctionne cahin-caha jusqu’à ne plus fonctionner du tout. Franck le dit à notre micro : cela faisait dix ans que le Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs perdait de l’argent sans se remettre vraiment en cause. Il a fallu que la situation devienne urgentissime pour que l’on demande à Franck d’intervenir. Pourquoi avoir attendu tout ce temps ? Je n’ai pas posé la question à mon invité. A quoi sert-il de remuer les plaies du passé ? Et puis le changement n’est pas naturel chez l’homme, surtout quand l’action passée a été fructueuse.

Le Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs a été un superbe succès pendant des décennies avant que la roue ne tourne. La société aurait bien pu disparaître. Il  n’y a finalement pas eu de plateau TV à tenter d’expliquer l’inexplicable. Pas de ministre qui défile. Pas d’employés en larmes devant le siège. Le Groupe est relancé. La société doit d’abord sa relance à un homme discret.

The diary of a CEO

Le hasard veut que je me sois lancé cette semaine dans l’écoute d’un livre que je vous recommande : The diary of a CEO par Steven Bartlett. Je l’ai découvert par son podcast il y a quelques temps déjà. J’étais loin d’imaginer qu’à trente ans il avait déjà lancé et revendu 4 sociétés, avait interviewé près de 1000 dirigeants, sportifs de haut niveau et penseurs issus de tous horizons et avait accompagné Barack Obama dans ses campagnes présidentielles successives. Je n’envie jamais le succès des autres mais j’aime bien comprendre leur histoire. Il y a toujours matière à apprendre.

Steven a dû m’entendre. Il a écrit la plupart des enseignements qu’il a lui-même reçus de ses entretiens dans le livre que je vous recommande aujourd’hui.

Steven est né au Botswana. Avant de se lancer dans sa première entreprise en Angleterre à l’âge de 18 ans, il hésitait à retourner dans le pays de ses origines pour y être utile là-bas. Il est finalement resté aux UK jugeant qu’il pourrait beaucoup plus apprendre à court terme dans son pays d’accueil et pourrait donner davantage plus tard au Nigeria quand il y retournerait. « On ne fait rien avec un seau vide » lui dit un jour l’homme qui sans le savoir venait de lui conseiller de rester. Steven se savait riche d’énergie mais pauvre d’expériences et de compétences. Il fallait changer cela avant de revenir dans le pays qui l’avait vu naître.

Dans les 33 lois du succès en entreprise que Steven raconte dans son livre, la première impose de nous occuper de nous-mêmes. Steven nous recommande de remplir cinq seaux : l’expérience (i), la compétence (ii), le réseau (iii), nos ressources matérielles (iv) et notre réputation (v). Il faut parfois une vie pour remplir tous ces seaux. J’ai tendance à penser que certains seaux ne débordent jamais et qu’il nous faut les remplir sans discontinuer. Inversement, à quoi bon remplir un seau de ressources sans fond ?  L’image est un peu simpliste, mais elle a le mérite de la simplicité : elle se comprend sans peine.

Franck, lui, a rempli ses seaux bien à lui. Le voici désormais capable de redresser une entreprise comme peu savent le faire. L’humilité de Franck masque avec une redoutable efficacité l’extraordinaire réussite du plan Réinvention, nom qu’il donna à son projet de redressement du Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs.

C’est le début d’année et il n’est pas encore trop tard pour prendre des résolutions. Vous savez, celles que l’on tient, pas les autres ! D’où ma question chers amis : quels seaux allez-vous remplir cette année ? Et surtout, comment ?

N’attendez pas !

Martin