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La promesse de l’aube

« Ah le BG ! » me dit ma fille aînée en jetant un œil sur la photo de Yann Rivoallan. Cheveux épais et gris, regard droit, visage fin et épaules larges, Yann a longtemps tenu un appareil photo dans les mains. Il aurait pu être en face de lui. Je suspecte qu’il l’ait été. Je ne sais pas, j’étais moins intrigué par l’image que renvoyait mon invité quand nous nous sommes rencontrés la première fois que par ses idées et son action.

Je l’interviewe dans l’épisode de la semaine. Yann est Président de la Fédération du prêt-à-porter féminin. Surtout, il est à la pointe d’une action en justice comme notre pays n’en a jamais connu. Avec 12 fédérations et 63 entreprises, Yann a porté plainte contre Shein.

Si vous lisez les journaux et vous les lisez, vous savez un peu de quoi il en retourne. Il faut suivre la démarche de Yann en cours. Elle donnera j’espère une inflexion à la vision que nous nous faisons du commerce en France et Europe. Par extension, elle devrait nous aider à regarder différemment notre économie et par extension encore notre système social que la première nourrit. La consommation chez Shein ne produit rien sur notre sol : ni emplois, ni revenus, ni impôts ou si peu, ni vie. Elle est seulement source d’appauvrissement d’un argent qui quitte le pays et le continent.

Le sujet est sérieux, c’est la raison pour laquelle je ne m’étendrai pas dessus aujourd’hui. J’ai le cœur léger ce matin dans le train pour St Gervais. Il fait nuit encore dehors, la lumière n’a pas percé l’horizon. Cela ne devrait plus tarder. Une famille complète à ma droite profite comme moi de ses premiers moments de vacances. J’ai retrouvé mes filles, ma femme dort contre la vitre indiquant que le Wifi s’invite à bord. Ce moment de calme et de sons feutrés rendus possibles par la moquette parterre et les sièges en tissu m’invite davantage à vous parler de Noël que de Shein. Le vieux bonhomme rouge à barbe blanche et les chocolats de monsieur l’ambassadeur gagneront. Le manège enchanté et chapeau pointu turlututu, ce sera pour une autre fois.

Le wagon la nuit

Vous devez ce ton à l’ambiance d’un matin hivernal à quelques jours de la première fête de notre pays. Vous le devez aussi à Dominique Schelcher PDG de U. Il s’est livré à quelques lignes publiques cette semaine. Elles ont imprimé mon œil. Lui aussi était dans le train. Il avait été rattrapé par la nuit. Je m’échappe d’elle. Le jour accourt. Plus que quelques minutes.

L’inénarrable rêveur que je suis vous dira que les mots de M. Schelcher entrant dans la nuit d’une part et les miens en sortant d’autre part s’opposent aussi par les sentiments de leurs auteurs. M. Schelcher écrivit : 

C’est l’histoire du wagon silencieux…

Dernier voyage en TGV de l’année avant le rush des fêtes en magasin. En raison d’un vol de câbles, le train aura un sacré retard. Il règne un silence de mort dans le wagon, personne ne parle, à peine le son d’un appel téléphonique sur la plateforme de temps en temps. Les gens ont l’air épuisés et résignés. Ainsi va la vie des voyageurs à quelques jours de Noël. Je ne sais même plus où nous sommes dans ce train qui traverse sans fin une nuit sans repère. J’ai l’impression de sentir le vague-à-l’âme de la France ce soir dans ce convoi, une France qui ne tourne plus tout à fait rond. Et qui rêve d’une éclaircie… Ce ne sera pas pour tout de suite, le train vient à nouveau de s’arrêter dans le noir.

M. Schelcher a eu l’amabilité de répondre il y a quelques semaines à mon invitation à ce podcast en me fléchant vers son équipe de communication. A elle de décider. Je suis pour l’instant sans retour. Peut-être me lit-elle ce matin mais c’est à son principal dirigeant que je m’adresse de nouveau ce matin.

La promesse de l’aube

Cher M. Schelcher, les voyages sont ainsi faits qu’ils révèlent nos pensées. Pour peu que nous coupions quelques minutes nos téléphones, pour peu que nous tentions de percer les lumières des villages au loin dans la nuit, pour peu que nous observions l’arc-en-ciel vert de la campagne défilant dans le jour, le train a cela de magique qu’il nous révèle à nous-mêmes. Il est comme ce processus chimique de décantation. Au repos, avec le temps, les éléments se séparent. A la surface du becquerel s’accumule les matières légères. Au fond restent les matières lourdes. C’est au point que ce procédé naturel fait parfois apparaître deux couleurs différentes séparées par une ligne nette. Le train décante nos pensées. Il aide à y voir plus net.

Quittez votre vague-à-l’âme cher monsieur. Juste au-dessus de lui, à quelques millimètres, attendent au repos vos pensées les plus légères. Elles sont tout aussi claires et dépolluées du reste. Vous êtes fatigué, beaucoup de celles et ceux qui nous lisent le sont aussi. Je le suis moi-même. J’ai jeté mes dernières forces hier. Je les sens déjà revenir dans le ronron rassurant des roues sur les rails. Les larcins cuivrés dilatant le temps de votre horloge, les difficultés de notre pays, le silence que vous évoquez, tout cela prendra fin. C’est bientôt Noël.

Un jour, dans pas très longtemps, nous raffinerons notre propre cuivre. Nous produirons de tout ou presque. Nous cesserons d’importer tout et n’importe quoi venu du bout du monde. Yann est déjà d’accord. Vous aussi, vous le dites haut et fort désormais.

Un jour, demain pourquoi pas, des hommes et des femmes avec vous, avec ceux qui nous lisent, se diront qu’il est temps de ne plus tourner en rond. Qu’il est temps d’avancer de nouveau.

Un jour, qui sait peut-être aujourd’hui, nous nous dirons vivement demain. Nous attendrons l’aube avec impatience. Nous tiendrons la promesse de Romain Gary qui écrivait déjà en 1960 : « Il y a toujours quelque chose en moi qui continue à sourire. »

Toujours les trains rouleront. Notre pays retrouvera sa boussole et les cris des enfants nous rappelleront que toujours la vie l’emporte.

Cela y est, le jour se lève.

Joyeux Noël.

Martin