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Deux rois

« Le luxe, c’est le temps et l’espace » me suis-je dit quand nous commencions à construire notre famille mon épouse et moi. C’était hier ou presque.

Conscients tous deux que nous lancions notre vie adulte avec en poche une éducation en or ce qui est déjà beaucoup pour ne pas dire l’essentiel, pas assez courageux ou fous encore pour monter ou acheter une entreprise, alignant déjà les heures dans nos environnements professionnels respectifs, nous savions que nous laissions à d’autres d’hypothétiques réservations dans un palace place de la Concorde ou ailleurs.

Nous sommes nés chanceux. Cette chance ne nous a jamais quittés depuis. Elle ne nous a jamais ôté non plus une préoccupation que nous avons presque tous : subvenir aux besoins de notre famille. La chance, encore elle, un peu de travail aussi, nous ont permis non seulement d’apporter l’essentiel à nos enfants, mais aussi un certain confort. Le luxe, non. Il aurait fallu être entrepreneurs plus tôt et réussir matériellement plus tôt.

A vrai dire, si. Quelques expériences luxueuses, nous en avons vécu. Nous avons eu nos moments d’exception dans des cadres d’exception. Nous ne les avons jamais vraiment cherchés mais quand ils sont venus à nous, à moitié choisis, à moitiés subis, nous avons su je crois en profiter. C’était alors parfois avec devant nous quelques assiettes en porcelaine rehaussées de platine, des couverts en argent de toutes formes et des verres en cristal se pressant pour accueillir le prochain vin. Il allait venir de Champagne, de Bourgogne, de Bordeaux, de la Loire. Dans tous les cas, il s’apprêtait à être rare.

Je ne m’étais pas trop trompé cependant. Le temps, nous ne l’avons jamais eu et je doute que nous nous en fassions un ami fidèle avant longtemps. Il est le matériau impalpable dont nous manquons le plus. Il est notre espèce la plus rare. A peine l’attrapons-nous quelques heures qu’il s’enfuit. Encore aujourd’hui quand fatigué ou paresseux le week-end je prends place sur le canapé pour lire l’hebdomadaire Les Echos et que j’observe ma moitié s’agiter, les aiguilles de ma montre font rarement plusieurs tours avant que je ne me lève. J’essaie en vain de la convaincre de se poser. Le temps est peut-être un luxe. A deux, il est comme le reste. Il se partage.

Nous nous sommes donc concentrés sur l’espace. Vous connaissez comme moi la course folle des prix immobiliers depuis 30 ans. Et certains espaces à l’air libre n’ont heureusement pas de prix, ce qui me fait vous dire qu’une forme de luxe est à la portée de tous.

M. Colbert

Le luxe n’est heureusement pas la définition que nous nous en sommes donnés ma femme et moi. Le monde manquerait de beaucoup de choses et d’expériences aussi belles que rares.

C’est ce monde que mon invitée du jour nous fait découvrir. Bénédicte Epinay est la Déléguée Générale du Comité Colbert. Né en 1954 à l’initiative d’un certain M. Guerlain, le Comité Colbert a pour mission de promouvoir le luxe français et l’art de vivre à la française. Vous y retrouverez la plupart des maisons qui font du luxe un porte étendard de la France à travers le monde.

L’association en compte une centaine dont Alain Ducasse, Baccarat, Chanel, Hermès, le Château de Versailles, le Musée du Louvres, le Ritz Paris, Louboutin, LVMH, Richemont et d’autres encore. C’est Hélène Poulit-Duquesne, Directrice Générale de Boucheron qui en prendra la présidence dans quelques semaines.

Il n’y a pas de hasard à l’extraordinaire rayonnement français du luxe dans le monde aujourd’hui. C’est ce que nous raconte Bénédicte et que je ne résiste pas à résumer de quelques traits. Cette histoire vient des entrailles de notre pays et elle me plaît.

Le Roi-Soleil

Tout commence avec M. Colbert, ministre des Finances sous Louis XIV. Vous aurez compris qu’il donne son nom à l’association dont il est question aujourd’hui. A cette époque, « la France est le pays le plus peuplé d’Europe mais aussi le plus pauvre. La France importe tout ou presque » nous dit Bénédicte.

Etrange – mais pas si étrange que cela quand on y regarde de près – de voir comment le responsable des deniers de notre pays né il y a quatre siècles nous enseigne que vivre d’importations est signe de pauvreté. Je serais taquin, je rappellerais à nos dirigeants publics à Bruxelles comme à Paris qu’ils ont oublié ce principe de base qui fait la richesse d’une Nation. Rassurez-vous, je suis un amoureux de la démocratie, mais j’aime bien les idées de ce M. Colbert.

« Nous allons spécialiser la France dans les produits d’exception » se dit donc à l’époque Colbert. Le Roi-Soleil qui le commande est un peu jaloux de voir que tout ce qui est beau et digne de sa personne vient d’Italie, des Pays-Bas et de partout en Europe sauf de France. Il fait créer alors les manufactures conduisant à leur apogée à la construction du Château de Versailles. Les racines de notre luxe, nous les devons à Louis XIV, son ministre et toutes celles et ceux qui ont construit les bases du savoir-faire dont nous héritons aujourd’hui.

Le roi Louis-Philippe

La deuxième phase de l’expansion du luxe français, nous la devons à un autre roi : Louis Philippe. Lui voulait faire de la France un pays d’entrepreneurs. D’aucuns diraient « une start-up Nation », cela revient à peu près au même. Beaucoup ont vu là une opportunité de se lancer. La moitié des membres du Comité Colbert naissent à ce moment-là. Cartier, Hermès, Louis Vuitton éclosent dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Quand le Comité Colbert naît un siècle plus tard encore, Guerlain est une petite entreprise, comme Dior, Baccarat ou Chaumet. Elles sont toutes à ce moment-là des PME familiales.

Pour connaître la suite, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Une autre nourriture

La parole de Bénédicte regorge d’anecdotes, de petites histoires dans la grande. Pour les chefs d’entreprises qui me lisent ce matin, le Comité Colbert est une masterclass pour qui souhaite faire coopérer des acteurs parfois concurrents.

Le luxe cultive l’exclusivité. Pourtant, on peut le regarder comme tous les secteurs : sous le prisme du client, à l’échelle de l’entreprise, du secteur lui-même et enfin à l’échelle du pays ou de notre petite planète.

Nous avons tous notre sensibilité au luxe. Je vous ai sommairement exposé la mienne, vous avez la vôtre. Elles seront forcément différentes et c’est très bien ainsi. A défaut d’être client occasionnel ou régulier, vous découvrirez dans notre entretien les formidables opportunités de carrière qui s’offrent à vous si vous étiez tentés par une reconversion professionnelle dans les métiers artisanaux. Les maisons de luxe manquent de mains souhaitant se spécialiser pour façonner. Nous en parlons longuement avec Bénédicte. Vous découvrirez aussi comment votre fils ou votre fille peut s’y lancer en regardant avec confiance son futur. Si le cœur vous en dit, allez jeter un œil aux De(ux)mains du luxe. Peut-être vous direz-vous que dans un monde de plus en plus robotisé l’artisanat prendra une place plus grande encore qu’il n’a déjà. (Je le crois profondément.) Il est peut-être là l’avenir de vos enfants.

Le luxe est un secteur unique en son genre. Il est le deuxième contributeur à ce fameux indicateur que regardait déjà Colbert, la balance commerciale. Il symbolise notre réussite mondiale à bien des égards, y compris de vendre à l’export. Ses produits, ses objets d’exception sont manufacturés majoritairement en France. Le luxe est pourvoyeur d’emplois sur tous les territoires.

Le luxe est profondément français. Il fait partie de notre identité. Amoureux du beau et d’égalité sociale, nous l’observons avec fierté mais aussi parfois avec méfiance. C’est là un des paradoxes dont nous sommes si friands.

Ayant mon essentiel déjà pourvu, doté d’une perception très personnelle du luxe m’ôtant naturellement l’envie, ou pire, la jalousie, je me réjouis de la réussite des autres, ceux qui produisent luxe et ceux qui se l’offrent ou l’offrent à d’autres. Je suis heureux de voir ces maisons rayonner à travers le monde. Plus que tout, je me réjouis de les voir concevoir et fabriquer en France pour la grande majorité d’entre elles. Le luxe enrichit tout notre pays, pas seulement sa chaîne de valeur, ses employés et ses actionnaires. Quand vous lirez les chiffres un peu désarmants du pays dans votre journal économique sur le canapé cet après-midi, souvenez-vous de M. Colbert. Souvenez-vous qu’il y a quatre cent ans déjà, un homme conseillait un roi. Il lui disait ceci :

La balance commerciale d’un pays fait sa richesse. Il fait la richesse de ceux qui y vivent.

Aucune organisation humaine, aucune société n’est parfaite. L’homme est imparfait, l’entreprise l’est tout autant, même celle de luxe, même celle tendant vers la qualité portée à son extrême. Je ne suis pas naïf. Pourtant, plus peut-être que d’autres secteurs, le luxe nous tire vers le haut : dans l’innovation, le design, la technologie, l’achat responsable, la production, l’artisanat, la formation professionnelle, le branding, la relation client, la mise en avant de notre culture et de notre Histoire. Il est un exemple dont nous pouvons tous nous inspirer. La qualité est le minimum que nous devons à nos clients me disait au lancement de ce podcast Caroline Hilliet Le Branchu, PDG de la Belle-Îloise. Je me souviendrai à vie de cette phrase. L’excellence est le minimum offert par le luxe.

Le luxe n’est pas la richesse de quelques-uns. Il nous nourrit tous, ne l’oublions jamais. Cette nourriture n’est pas seulement financière. Elle est culturelle, elle est sociale, elle est esthétique. En un mot, c’est une nourriture humaine. C’est pour cela aussi que le Comité Colbert doit perdurer et grandir. Ces lignes sont sincères, ni BlueBirds ni moi ne sommes rémunérés pour les écrire.

Martin