Au croisement de la 27ème
J’ai découvert l’hôtel adulte, en travaillant.
Mes parents n’avaient jamais été fans du format. Je ne me rappelle pas avoir passé même quelques jours avec eux en vacances à l’hôtel. Les mariages étaient l’exception et dans ces cas, comme toujours, ils privilégiaient la simplicité.
Desireless
Et puis j’ai commencé à travailler, appris à faire et défaire ma valise à roulettes, traverser les portiques de sécurité, m’engouffrer dans un taxi, aligner les heures pour enfin me jeter dans le lit. Pas vraiment l’ambiance des voyages de Desireless. Quand on découvre l’hôtellerie comme consultant de Direction Générale, on découvre ces lieux par le haut de gamme, à mi-chemin entre le luxe que je ne pourrai probablement jamais m’offrir et ce qui est à portée du portefeuille de la famille et de la plupart d’entre nous. C’est sympa ce confort « plus plus » surtout quand on se lance dans la vie professionnelle. Il vous arrive de vous penser utile, parfois même important. J’en souris aujourd’hui. La petitesse des nuits raccourcies par le jour vous fait vite découvrir que l’essentiel d’une chambre réside dans la qualité du lit, le calme et la propreté des toilettes. Le reste n’a au fond que peu d’importance.
Le luxe aujourd’hui, c’est le temps et l’espace. Ce temps, je ne l’ai jamais eu, pas plus que je ne l’ai aujourd’hui. Je ne l’aurai vraisemblablement jamais. On a toute la mort pour se reposer me rappellerait ma mère. Quant à notre espace, il décroît inversement proportionnellement à son prix. Vite.
Assez vite aussi, j’ai compris que l’hôtellerie signifierait pour moi d’être seul. En Allemagne, en Espagne, aux UK et ailleurs, on n’est jamais mieux dans son lit qu’avec celui ou celle que l’on aime. La vue sur les jardins des Roses à Rabat, les citations de Goethe incrustées sur le sol à Munich ou encore la piscine à Rome n’y changeront jamais rien. Rien ne vaut la maison, un lit chauffé à deux et le petit déjeuner avec les enfants. J’ai vécu pendant un an au Kenzi à Casablanca. Vous y trouverez tout ce qu’un hôtel haut de gamme peut apporter. Pourtant, voyez-vous, je ne vous recommande pas la formule. La chaîne d’hôtels qui craquera ce sujet de la solitude s’assurera un succès mondial. A défaut d’être à la maison, l’hôtel peut tenter de vous y faire sentir. Tous s’y emploient. Certains y réussissent. Cela tient souvent à peu de choses et commence dès le check-in, parfois même au moment du booking en face de l’écran.
La grande pomme
Revenant du Canada et des Etats-Unis où j’ai successivement séjourné quelques jours dans un Airbnb à Montréal puis à l’hôtel à Manhattan, je me suis dit que ces lignes pouvaient être l’occasion de dresser un rapide comparable.
Nous connaissons tous l’expérience de la plateforme, je ne vous ennuierai pas avec elle. Vous me pardonnerez j’espère de m’étendre davantage sur la société dont il est question aujourd’hui, Best Western.
Arrivés à New York, il a bien fallu dormir dans la ville qui ne dort jamais et se choisir un hôtel. Pas d’Airbnb dans la grande pomme désormais. La plateforme en a été chassée pour un motif qui pourrait bien s’appliquer à la plupart des grandes villes et à Paris en particulier : il faut prioritairement loger les locaux a décidé son maire Eric Adams en 2022. Vous trouverez les détails de la loi Locale n°18 aussi appelée Short-Term Rental Registration Law ici. Seuls les hôtels accueillent désormais les touristes et les hommes et les femmes d’affaires de passage. Voilà donc les hôtels plongés dans un débat qui n’était pas le leur jusqu’en 2008, année de création d’Airbnb.
Best Western est née après-guerre, en 1946 précisément, quand 66 hôtels indépendants bordant la Route 66 en Californie décidèrent de se regrouper sous une même marque. Best Western inspira-t-elle les Eagles ? J’aime à y penser. Best Western, c’est plus de 300 hôtels en France aujourd’hui et plus de 4000 dans le monde. J’interviewe dans l’épisode du jour Olivier Cohn, son Directeur Général France.
Faut-il interdire Airbnb dans les grands centre-villes comme à New-York et y laisser prospérer les hôtels, l’interdire partiellement comme l’a fait Paris ou bien faut-il laisser faire le marché ? Olivier aura sa petite idée sur la question pour des raisons qui sautent aux yeux. Je ne sais pas, nous n’en avons pas parlé. Il est vraisemblable que nous partagions lui et moi le même avis quand j’observe un marché qui n’a rien à voir a priori avec celui de l’hôtellerie : celui du logement. Le pouvoir d’achat est la deuxième attente des Français et le logement est leur premier budget. Tout devrait être fait pour leur en faciliter l’accès. Est-ce le cas ? La réponse est dans la question.
Je ne me rappelle pas être allé dans un Best Western, ni à New York ni ailleurs. Me voilà bien ennuyé de partager avec vous mon expérience. Olivier Cohn vous dirait volontiers d’aller les découvrir. Je me joindrais avec plaisir à sa parole. Best Western sent bon un savant mélange de pragmatisme à l’américaine et d’art de vivre à la française. Les entreprises sont souvent à l’image de celui ou de celle qui les dirige. Notre discussion avec Olivier fut conviviale, sincère et au fond franchement sympathique. Vous le sentirez tout de suite en nous écoutant.
Best Western cultive son identité, en particulier celle d’une coopérative. Les coopératives ont le vent en poupe en ce moment pas seulement parce que le capitalisme s’est toujours posé quelques questions existentielles et visiblement pas seulement en France, mais surtout parce que partout où elles sont déjà présentes elles s’épanouissent et prennent des parts de marché aux systèmes intégrés. Dans le retail alimentaire, c’est frappant. Carrefour l’a bien compris et transforme en ce moment-même une partie de son réseau de magasins intégrés en franchisés. La raison est simple. Quand le magasin que vous dirigez est votre magasin, vous faites plus attention à tout : vos clients, vos achats, vos linéaires, votre approvisionnement, tout.
Je m’étonne sincèrement que les syndicats de l’enseigne s’y opposent au point d’intenter un procès en cours d’instruction auprès de leur employeur. La franchise, la coopérative, sont des modèles d’affaires où le salarié est davantage maître de son destin, parfois son propre actionnaire. Que demander de plus ? Nos amis s’offusquant comme Rousseau du contrat social qui leur est imposé s’opposent aux maux qu’ils condamnent. Parfois, je ne comprends plus mon pays. Vous m’opposerez qu’il n’y a rien à comprendre. Peut-être. Cela me fait dire à M. Bompard s’il me lit : « Continuez, vous allez dans la bonne direction ». Et me fait penser que Best Western a de beaux jours devant lui.
A la 27ème
Notre fils avait donc choisi un petit hôtel sur la 27ème, pas très loin du Best Western Premier Herald Square que vous trouverez sur la 36ème. Autant vous le dire tout de go, mauvais choix de sa part. Ayant appris à ne pas critiquer ceux qui font, nous en avons ri. Mais la prochaine fois, je lui demanderai de vérifier que la climatisation ne fait pas le bruit d’un camion, que l’eau coule à flots depuis la douche sans que le pommeau ne tombe tout seul dans la baignoire et que d’autres tracasseries nous fassent penser « 300$ par nuit pour cela, c’est qu’un hôtel raisonnable aurait exigé davantage ».
Au risque de choquer certains d’entre vous, j’ai tiré une autre leçon de mon court passage aux US: je suis devenu pauvre à New York. Vraiment. Lire le rapport Draghi prend toujours une autre dimension quand on voyage.
Je me rappellerai éternellement de ce dîner où nous avons pris trois mojitos, une assiette de nachos et un guacamole. La note fut de 200$ dans un lieu sans luxe. Si New York vous attire, allez vite rendre visite à l’Oncle Sam. Au rythme où va l’écart de croissance US/UE, vous ne pourrez bientôt tout simplement plus y séjourner.
Quant à moi, je vais me tourner vers d’autres destinations touristiques. On doit pouvoir avaler quelques verres d’alcool et deux assiettes pour moins de 200$ dans beaucoup d’autres endroits dans le monde. Ce sera l’occasion de découvrir Best Western, qui sait.
Et je fais un pari pas trop audacieux. Leur douche fonctionnera !
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
Le podcast de la semaine
Olivier Cohn, Directeur Général de Best Western France
Best Western France
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