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L’arme

Hasard du calendrier, je vous parlais la semaine dernière des plus faibles d’entre nous et de celles et ceux qui les aident au quotidien. Aujourd’hui, j’évoque avec vous la force, la force armée. Je discute avec Christophe Gomart, Général quatre étoiles devenu député européen. 

Depuis qu’il était devenu une voix à Bruxelles, Christophe Gomart tentait à sa mesure de mobiliser la France et l’Europe pour son réarmement. Doucement, sûrement, son discours s’ancrait dans les fils d’actualité de nos différents media. C’était avant que notre Président de la République ne prenne le relais. Rappelez-vous, c’est l’entretien désastreux entre les Présidents américain et ukrainien qui a servi de déclencheur à la mobilisation militaire nationale et européenne. « Il nous faut nous réarmer » prêchait déjà le Général. « Il nous faut nous réarmer » nous dit le Président de la République depuis le 28 février.

Les deux hommes ont été entendus. Elles sont rares les voix pour nous en dissuader. La polémique a davantage porté sur les risques de guerre réels ou supposés contre la Russie. Nous avons tous notre avis sur la question. Dans cette affaire la France n’est pas seule. Elle est engagée à porter assistance à d’autres pays via l’OTAN (Article 5) et l’UE (Article 42-7). Personnellement, c’est ce qui me préoccupe le plus. L’effort de réarmement, lui, a été peu remis en question. Il faut souligner cette cohésion nationale et européenne, elle est rare. La question, c’est comment ?

Nous tentons de répondre à la question le Général et moi. J’ai bien dû me rendre à l’évidence. Une heure ne suffit pas pour la traiter complètement. Encore une occasion ratée de rallonger le format de ce podcast !

Allez tout de même nous écouter, vous devriez a minima vous conforter dans certaines de vos convictions ou au contraire les infléchir. Peut-être même apprendrez-vous deux ou trois choses sur les forces et les faiblesses industrielles françaises et européennes à ce réarmement. Je vous préviens aussi, vous risquez de rester sur votre faim sur certains chapitres, je pense en particulier au financement. Celui-ci est central si l’on veut traiter la question dans son ensemble. Quand nous nous sommes entretenus, le Général commençait seulement à y réfléchir. Notre Président lui a donné un sérieux coup de pouce depuis.

On ne parle pas d’armes de façon légère. C’est sérieux. 

La paix

C’est sérieux parce que l’arme fait l’armée et l’armée garantit la paix en même temps qu’elle nous protège en cas de guerre. Nous avons oublié ce qu’est la guerre, notre première faiblesse est là. Les militaires, eux, la vivent au quotidien. C’est aussi pour cela que je souhaitais rencontrer le Général.

L’arme engage la vie de celui qui la porte et celles qu’elle protège. 

L’arme, quelle qu’elle soit, est dissuasive. Du simple couteau à l’arme la plus destructrice dont nous parlons trop en ce moment, elle envoie un message : « Ne m’attaque pas ». Nous aimerions tous que le message de l’augmentation de nos capacités et de nos stocks soit bien entendu par ceux à qui il est adressé. Je suis amateur de mots et de messages, vous aussi certainement. Les mots sont une arme, ils sont des pistolets chargés nous disait Sartre. Encore faut-il pouvoir tirer. Dans le domaine militaire comme dans beaucoup d’autres, ils sont insuffisants. Une lettre comme celle-ci, un joli livre blanc sur la Défense comme celui diffusé par la Commission européenne le 19 mars dernier n’impressionnera pas les chars russes avançant en Ukraine ni davantage les porte-avions américains louchant sur le Groenland. Viendra le temps de la démonstration de force. Le plus tôt sera le mieux.

L’arme a une origine. Sa conception et sa fabrication ont des étiquettes que les Etats regardent de près. L’industrie d’armement est encore très nationale en Europe même si quelques acteurs comme Airbus ou Thales illustrent le contraire. Le Rafale finalement franco-français est le fruit d’une tentative avortée d’un projet européen lancé avec 5 constructeurs issus de 5 pays. C’est très bien raconté dans un documentaire de AIR TV que je vous livre plus bas. Il faut s’attendre à un regroupement des industriels entre eux pour pouvoir faire face aux enjeux militaires européens. Ne soyons pas chauvins et acceptons de nous marier par exemple avec les Italiens (Leonardo, aéronautique), les Allemands (Rheinmetall, chars et véhicules blindés) ou encore les Pays-Bas (Damen Naval, navires, sous-marins). 

Henri Kissinger

Ne soyons pas naïfs non plus : il faut réduire dès que c’est possible l’achat d’armements américains. Leur alliance avec nous est désormais à géométrie variable et pour dire les choses simplement, elle décroît. Ils nous livrent une guerre tous azimuts sauf dans le domaine militaire. Ce serait sage que nous commencions à envisager qu’ils franchissent un jour le rubicond. Le Général cite Henri Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat aux US : « Être l’ennemi de l’Amérique peut être dangereux, mais être son ami peut être fatal. » 

A acheter et entretenir une arme, on flèche différemment l’argent public. Les pays sans arme ni armée comme le Costa Rica fleurissent davantage que les pays armés et en paix. Ceux en guerre se fanent. A nous réarmer, nous freinerons notre développement économique et social. Prenons-en conscience. Ce nouveau frein doit nous empêcher de tomber dans la guerre, c’est là son premier objectif. Si on m’avait dit qu’un jour j’écrirais de telles lignes.

Enfin l’arme équipe une armée à qui l’on donnera des ordres. Mais qui « on » ? La question est simple quand on s’appelle les Etats-Unis, la Russie ou la Chine. Elle l’est moins quand on s’appelle la France, l’Allemagne ou la Pologne. Avec l’arme, c’est noir ou blanc. On en fait usage ou on la laisse sur étagère, prête à l’emploi. On vise une cible et pas une autre. L’arme n’aime pas les univers flous dont l’UE raffole. 

Nous évoquons donc les questions de souveraineté avec le Général même si ce n’est pas le cœur de notre discussion. Il me reprend quand j’évoque « une armée européenne ». Il n’en est pas question aujourd’hui. Ce dont il est question, c’est d’une « défense européenne » articulée par les armées nationales sous commandement unifié européen au sein de l’OTAN. Mesure-t-on vraiment le virage qu’une telle gouvernance otanienne nous ferait prendre ?

J’ai aimé le ton du Général Gomart. Il est calme et déterminé. Vous ne décèlerez pas l’ombre d’un discours va-t-en-guerre. C’est même le contraire. Le Général s’inquiète comme beaucoup d’entre nous. Il fait partie de ces hommes et de ces femmes profondément amoureux de leur pays et qui souhaitent garantir à l’Europe ce pour quoi elle est née : la paix.

La force armée aussi est garante de la paix, nous l’avions peut-être oublié. Le Général Gomart a connu la guerre. Il le sait depuis toujours, écoutez-le.

Martin

Un édito signé Martin Videlaine

Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

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Christophe Gomart, Général 4 étoiles, député européen

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L’arme, la paix et le réarmement européen