La douceur de la neige
Blanche-Neige qui avait été embrassée de façon non consentie tient sa revanche.
C’est elle qui porte désormais la culotte dans son couple. En cela elle est moderne mais pas très originale. Les nains n’en sont plus. Prof, Joyeux, Dormeur, Timide, Atchoum et Simplet sont devenus de joyeux lutins sauf Grincheux, devenu lui aussi lutin mais resté grincheux. Et puis voilà que l’héroïne mène la fronde contre une immonde sorcière pourtant bien jolie. « Miroir magique au mur, dis-moi qui a la beauté parfaite et pure ? » lui demande-t-elle. Réponse discutable de l’intéressé : « Blanche Neige ». Même les lignes de code en forme d’images peuvent se tromper, j’ai un faible pour Gal Gadot.
Et puis Blanche-Neige tient son nom à sa couleur de peau. Voici comment débute le conte.
« Cela se passait en plein hiver et les flocons de neige tombaient du ciel comme un duvet léger. Une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d’ébène et cousait. Tout en tirant l’aiguille, elle regardait voler les blancs flocons. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Ce rouge sur ce blanc faisait si bel effet qu’elle se dit: « Si seulement j’avais un enfant aussi blanc que la neige, aussi rose que le sang, aussi noir que le bois de ma fenêtre! » Peu de temps après, une fille lui naquit; elle était blanche comme neige, rose comme sang et ses cheveux étaient noirs comme de l’ébène. On l’appela Blanche-Neige. »
Un siècle a presque passé depuis 1937, Blanche-Neige est désormais colombienne et a dû se peinturlurer de maquillage pour ressembler à son arrière arrière grand-mère au même âge. Pas de doute Blanche-Neige version 2025 ne restera pas dans les annales contrairement à son ainée. Rien de bien grave, il y a sujets plus lourds en ce moment.
Oui-Oui
Il ne faut pas trop en vouloir à Disney de repeindre aux couleurs du XXIème siècle le chef d’œuvre du XXème. Les adultes aiment la critique, surtout la donner, moins la recevoir. Je suis moi-même assez représentatif de ce groupe. Les enfants, eux, crieront à la sortie des salles obscures que c’était génial. Ils seront ravis. Leurs parents et grands-parents aussi. L’essentiel est là.
Si vous êtes nostalgique, allez vous procurer les contes de Grimm mais sélectionnez-les bien avant de les lire à votre descendance. Elle pourrait mal dormir. Au XIXème, les écrans n’avaient pas encore remplacé la lecture. L’hyperbole écrite faisait son travail y compris dans sa démonstration de ce que le monde a de moins doux. L’imaginaire enfantin se chargeait de la suite. Oui-Oui n’aurait pas trouvé sa place chez les conteurs allemands.
Je n’ai vu que la BO du nouveau film, ce qui me fait vous dire que je ne sais pas comment naît notre Blanche-Neige contemporaine. L’évoquent-ils, le montrent-ils ? Vous me direz. J’espère que l’image de l’aiguille est restée. Les frères Grimm pensaient à ces détails. L’aiguille porte une charge symbolique : celle du fil de la vie, du destin et de la transformation qui lui est liée.
Vous me voyez venir.
Osons même, et je sais que beaucoup d’entre vous en disconviendrez, il a fallu un certain courage à Disney pour sortir le film en ce moment. Pas de tam-tam mondial, pas de marketing urbi et orbi, presque l’excuse de devoir inverser le sens des cash-flows après avoir investi un peu moins de 300M$. Le nouveau Président des Etats-Unis a sonné la fin de la récréation woke. Disney fait profil bas en attendant que la tempête passe. Nous aussi
La Présidence républicaine aux US a débuté il y a deux mois. Il en reste donc 46. Cela va être long. Nous allons avoir le temps de nous piquer plus d’une fois, que nous cousions ou pas. Avec un peu de malchance, vous vous piquerez sur un fuseau comme Aurore dans la Belle au Bois Dormant et tomberez sous un sortilège venu d’outre Atlantique ou de l’autre côté de l’Oural. Avec un peu de chance, trois gouttes de sang tomberont au sol et vous donnerez la vie. On me dit qu’il existe d’autres façons moins douloureuses de procréer, vous trouverez bien tout seul.
Zébulon et le manège enchanté
Vous pouvez aussi ne pas vous piquer même si la lecture de votre journal quotidien vous invitera de plus en plus à le faire de votre plein gré. La vie continuera, rien de plus, rien de moins. Notre monde semble se tenir droit parce qu’il tourne désormais à la vitesse d’une toupie. Et alors ? Nous sommes assis dessus. Ce n’est pas parce que la Terre tourne plus vite qu’elle va nous en éjecter comme Zébulon sur son manège enchanté. « Tournicoti, tournicoton ! », c’est pour les enfants. Quoique. La magie de Totoro n’est pas moins enfantine que celle nous faisant ausculter au microscope électronique les nouveaux traits de Blanche-Neige. Et pourtant les adultes aussi la regardent.
Où serai-je en 2029? Si Dieu me prête vie, je continuerai peut-être mes allers et retours entre Gare de Lyon et Bry-sur-Marne, entre Paris, Londres et Casablanca. Peut-être que BlueBirds se sera installée ailleurs en Europe. Pourquoi pas chez l’Oncle Sam?
Peut-être aurai-je écrit un nouveau livre, ce ne sont pas les sujets qui manquent, seulement ce fichu temps qui passe et que me rappelle le miroir tous les matins. Lui ne me parle pas, je le préfère de toutes façons muet. Ma voisine de salle-de-bain aussi se tait quand j’approche mon visage du miroir pour y voir de plus près. Elle me sourit, je lui souris en retour..
Peut-être aurai-je déménagé en bord de mer comme dans mes rêves au Clair de Lune. J’y écouterai les gymnopédies de Satie en même temps que le ressac des vagues. J’y dégusterai les Nourritures Terrestres dans mon assiette comme dans un livre de Gide.
Si comme moi l’actualité vous pèse, rêvez. Rappelez-vous les promesses que vous vous étiez faites enfant et que plus tard vous avez faites à ceux que vous aimez. La vie reprendra du sens, celui que vous voulez bien lui donner. Elle vous paraîtra plus douce et le monde moins dur.
Le voilà le message que nous envoyait déjà Blanche-Neige et qu’elle vient nous rappeler à point nommé.
La vie est douce aussi.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
Recevez la newsletter Histoires Entreprises