Le dragon joyeux
Vous pouvez regarder Cdiscount comme la plupart de ses clients, c’est-à-dire comme un consommateur. Vous vous poserez alors légitimement les mêmes questions. Trouverai-je ce que je cherche ? Y a-t-il moins cher ailleurs ? Quand serai-je livré ? Y aura-t-il mon bonheur ? La réponse à cette dernière question sera vraisemblablement « oui », mais vous aurez beau jeu de m’accuser de faire ici du placement de produit.
Quand on reçoit Marie Even, Directrice Générale Déléguée de Cdiscount, pour l’épisode de la semaine, je lui dois ce minimum de politesse. Et puis elle me relit ! Mais vous m’accorderez aussi qu’avec plus de 50 millions de références et ~15 000 vendeurs sur sa marketplace, il y a tout de même pas mal de chance que je ne sois pas trop loin de la réalité dans les lignes ci-dessus. Cdiscount a pris le virage de « l’offre infinie » il y a quelques années. Retenez l’expression venant de Marie quand vous irez y faire vos emplettes sur internet la prochaine fois.
Vous pouvez aussi regarder Cdiscount comme un tout faisant partie d’un Groupe, Casino, qui a profondément changé en deux ans. Les hypermarchés Géant et les supermarchés Casino ont été rachetés par les enseignes concurrentes et Casino a changé d’actionnaire principal. Le Groupe Casino aujourd’hui, c’est donc Franprix, Monoprix, les magasins de proximité et CDiscount.
Marie est peu diserte sur le sujet mais n’allez pas croire que ces changements sont sans conséquence sur la pépite du e-commerce dont il est question aujourd’hui. Il faut avoir les reins solides et un moral en acier pour encaisser de tels changements. En écoutant Marie, vous découvrirez une femme d’humeur joyeuse qui rit bien volontiers. J’espère que vous détecterez aussi la force qu’elle dégage. De la force, il en faut en quantité non négligeable pour faire face aux vents contraires d’un Groupe en train de se réinventer.
En fait, de la force, il en faut des montagnes en ce moment pour diriger Cdiscount.
Les champs, les forêts et les mines
Il ne vous aura pas échappé que nous sortons à peine d’une période d’inflation qui n’a pas eu seulement pour effet d’user notre pouvoir d’achat. (Pour vous faire une idée des taux réels, c’est ici à l’INSEE). Elle a aussi usé la rentabilité de tous les distributeurs comme Cdiscount. J’en parle d’autant plus librement que certains d’entre eux sont les clients de BlueBirds. Quand les sociétés qui commercialisent les produits que vous vendez dans les rayons vous annoncent des hausses de prix que vous ne pouvez pas entièrement répercuter sur les consommateurs finaux, quand concomitamment vos coûts de personnel augmentent au même rythme, vos marges sont prises entre le marteau et l’enclume. Elles diminuent d’épaisseur au risque de disparaître.
N’allez pas croire que les distributeurs que l’on accuse de tous les maux sont responsables de l’érosion du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Il faut surtout vous tourner vers leurs fournisseurs dont les marges sont souvent autrement plus élevées. Je ne critique pas, je constate. Mais c’est vrai que c’est plus facile de tendre un micro trottoir et d’entendre madame ou monsieur se plaindre au 20h00 de TF1 de la note de bas de ligne du ticket après passage à la caisse. Cela fait davantage le buzz. Un jour nos media expliqueront aux Français qu’un prix est le fruit de la superposition de mécanismes de création de valeur commençant dans les champs, les forêts et les mines parfois à l’autre bout du monde. J’attends patiemment sans trop y croire. L’âge (la sagesse ?) doit aider à ce renoncement en forme d’acceptation.
Décidément, à moins d’être endetté, l’inflation n’est pas une amie, même pas à notre éducation économique.
Mais on ne change pas d’actionnaire tous les jours et la vague d’inflation baisse désormais en intensité. Le plus dur pour Cdiscount serait donc derrière elle. Ce serait un peu se tromper.
De la force, il va lui en falloir encore.Car le grand problème de Cdiscount, c’est l’éléphant dans son magasin de porcelaine. Et puis il n’y a pas qu’un éléphant, ils sont plusieurs. Ils s’appellent Amazon, Shein, Temu et d’autres encore.
Les éléphants
Car le grand problème de Cdiscount, c’est l’éléphant dans son magasin de porcelaine. Et puis il n’y a pas qu’un éléphant, ils sont plusieurs. Ils s’appellent Amazon, Shein, Temu et d’autres encore.
Amazon, c’était 575Md$ de Chiffre d’Affaires l’année dernière. Shein, 32Md$ en croissance d’un peu plus de 60% et Temu « seulement » 27Md€ en 2023 en croissance de 130%. Cdiscount, c’est un peu plus de 2Md€ avec une évolution que Marie ne dévoile pas. Il faut presque 300 Cdiscount pour faire un Amazon. Les mots me manquent en observant ce multiple.
Bien sûr que l’histoire de Cdiscount est une belle histoire. Les trois fondateurs, Casino, Marie et ses équipes peuvent être fiers du chemin parcouru. Dans l’épisode du jour, Marie nous raconte comment Cdiscount vendait des CD lors de son premier jour d’activité. D’où son nom. Elle nous raconte aussi comment la société a grandi et a embrassé nos habitudes changeantes de consommation. Parfois, elle les a même construites ces habitudes. Elle nous raconte enfin comment la société doit maintenant vivre dans un environnement concurrentiel fait de géants américains et chinois.
Goliath n’est pas trois cent fois plus grand que David. Mêmes les mythes donnent une chance aux héros ! Si vous êtes curieux, allez lire le Premier Livre de Samuel, chapitre 17 dans l’Ancien Testament. Samuel nous précise que Goliath mesure 6 coudées. 2,92 m précisément. Bon, c’est grand, mais il n’est pas haut comme la tour Eiffel ! C’est le même ordre de grandeur qui sépare Cdiscount d’Amazon. La comparaison du mythe biblique avec nos temps contemporains s’arrête là. Cela finit tout de même assez mal pour Goliath.
Bien sûr que nous pouvons vivre avec des sociétés américaines et chinoises qui nous servent. C’est même très bien sauf pour certaines qui se moquent de l’environnement comme de votre dernière chaussette. Mais qu’il n’y ait qu’elles devrait nous préoccuper. Il ne fait pas bon dépendre exclusivement des autres. A dépendre des autres, on s’affaiblit. A s’affaiblir en temps de paix, on perd en temps de guerre. Or la guerre économique sur notre petite planète n’a jamais été aussi âpre et c’est de plus en plus la loi du plus fort qui prévaut au droit.
Quand je demande à Marie ce qu’elle ferait si elle remplaçait quelques instants Margrethe Vestager à son siège de la commission à la concurrence de l’UE, sa réponse fuse : « Je ferais fermer certains sites de vente online immédiatement.» Avec quel motif ? Réponse dans l’épisode.
Le dragon joyeux
Son mari qualifie Marie de « dragon joyeux ».
C’est vrai que Marie se départit rarement de son sourire chaleureux. Le cœur de Marie chante toujours, cela s’entendrait presque. Marie est joyeuse, je vous promets que vous passerez un bon moment en nous écoutant. Nous rions aux éclats à plusieurs moments.
Marie est aussi un dragon.
Il va nous en falloir des dragons comme elle pour conduire nos sociétés. Il va nous en falloir des dragons pour adapter l’UE à notre monde en crispation. Et comme ni le Président américain fraichement élu ni le Président Chinois ne sont vraiment matière à rigoler, il va nous en falloir des dragons joyeux pour nous diriger. La vie ne vaut d’être vécue que si l’on rigole un tant soit peu. Le rire n’enlève rien aux malheurs du monde, c’est seulement qu’il les adoucit.
La force du dragon et la joie de vivre, un programme pour 2027 ? Il manquerait le rêve. Permettez-moi de rêver que Cdiscount continue de s’épanouir. Cela ne fera pas un projet présidentiel, mais je m’en contenterai ce matin !
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
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