I’m always alright
« I’m always alright ! », voilà les mots que prononça Stephen Schwarzman à Antoine Colson que j’interviewe cette semaine.
M. Schwarzman a créé et dirige BlackStone, société dont la mission est de placer l’argent d’investisseurs qui lui confient leurs dépôts ou leur épargne. Pardon de rappeler les bases pour celles et ceux qui connaissent ces métiers, mais dans le petit monde du capital investissement dont vous allez vite découvrir qu’il est tout sauf petit, deux univers se côtoient : ceux qui mettent à disposition les fonds et ceux qui les placent. Les premiers, les LP’s (Limited Partners), font confiance aux seconds les GP’s (General Partners) pour faire fructifier ces fonds. BlackStone est un GP et gère pour 1000 milliards de dollars d’investissements réalisés avec les fonds de ses LP’s partout sur la planète.
Les oiseaux bleus
Oui, autant vous prévenir, nous allons parler d’argent ce matin pour une raison simple : Antoine facilite la rencontre entre LP’s et GP’s. C’est son métier comme d’autres facilitent la rencontre entre entreprises et experts indépendants. Suivez les trois petits oiseaux bleus en bas de cette newsletter pour en savoir plus. La comparaison s’arrête là. L’unité de compte du capital investissement est le million et souvent le milliard, parfois même le millier de milliards. Nous n’en sommes pas encore tout à fait là chez BlueBirds.
Les LP’s, beaucoup sont discrets mais vous en connaissez certains. Ce sont entre autres vos assureurs ou votre banque : AXA, LCL, BNP Paribas par exemple. Les assureurs cumulent les primes que vous avez l’amabilité de leur verser tous les mois. Les banques comptent vos sous en dépôt chez elles. Elles s’engagent à vous les rendre si vous les leur demandez, mais en attendant, s’en servent et les placent absolument partout : dans des immeubles qu’ils font construire puis revendent ou louent, dans des prêts qui financent l’appartement de votre voisin, dans des infrastructures nécessitant des capitaux comme des autoroutes ou nos chères centrales éoliennes, partout dès lors que cet argent fructifie et ne dort pas inutilement. Et puis, pour une partie de ces fonds, ils vont voir des GP’s en leur posant cette simple question : « Pouvez-vous placer mon argent et l’argent de mes clients dans des sociétés non cotées en les rachetant partiellement ou totalement, les faire grandir, les revendre plus cher ce serait pas mal, et me rendre ces fonds avec une partie des bénéfices que nous nous partagerions ? »
La petite révolution dans le monde des LP’s c’est que vous pouvez désormais en être un.
Jusqu’à il y a peu, quand vous souhaitiez placer une partie de votre épargne dans des sociétés, vous aviez en gros deux possibilités : acheter des actions de sociétés cotées dans une bourse à Paris, Londres ou Shangaï ou investir dans des start-up. La plupart des premières sont grandes ou très grandes et parfois un peu plan-plan. Si vous avez eu un peu de nez, peut-être avez-vous parié sur Nvidia devenue pendant quelques jours la première capitalisation boursière au monde. Les secondes sont éminemment sympathiques et brillent de mille feux. Mais elles sont petites donc fragiles et donc risquées.
Investir dans les premières est devenu d’une simplicité enfantine. S’agissant des secondes, vous pouvez par exemple en parler avec d’autres copains et copines Business Angels chez France Angels. Ils voient arriver sur leur bureau des projets en manque d’argent. Vous pouvez aussi passer par des sociétés spécialisées de crowdfunding. Elles ont poussé comme des champignons ces dix dernières années. J’ai interviewé Benjamin Wattinne le fondateur de l’une d’entre elles, Sowefund, dans un épisode précédent. C’est ici.
Ce qui est nouveau donc, c’est qu’il vous est désormais possible d’investir dans des sociétés non cotées déjà matures, ni trop grandes, ni trop petites. Ces sociétés sont le poumon de notre économie. Manquant parfois d’oxygène pour grandir, elles recherchent des capitaux. Plusieurs GP’s ont créé des véhicules vous permettant d’investir dans ces sociétés. BPI vous propose par exemple de le faire à partir de 1000€. Si l’aventure vous tente, passer par là : Plateforme d’investissement – Bpifrance. Je parle ici « d’aventure » parce que le capital se risque et qu’il peut donc se perdre. Renseignez-vous.
Pour quelques dollars de plus
Le capital investissement ou private equity (PE), c’est-à-dire investir dans le capital d’une société non cotée, grandit depuis toujours au point que les sociétés détenues partiellement ou totalement par ces GP’s a dépassé en nombre les sociétés cotées il y a maintenant 5 ans. Le PE représentait en 2022 un peu plus de 5000 milliards de dollars d’actifs dans le monde, soit un triplement depuis 2012. Les prévisions de PitchBook le font atteindre 8000 milliards de dollars en 2028.
C’est tout sauf anecdotique dans la marche de notre petite planète bleue. A détenir le capital des sociétés du monde entier, les GP’s en dirigent les Conseils d’Administration et les différents comités qui les accompagnent. Elles nomment les PDG, elles définissent la stratégie, elles indiquent où investir et créer des emplois, elles se prononcent où désinvestir, déménager ou fermer un site. Bref, elles décident. Or décider, c’est être libre. Nous qui sommes si prompts à critiquer le capital, parfois pour de bonnes raisons mais pas toujours, nous serions bien inspirés de nous réconcilier avec lui. Grandir en capital, c’est souvent gagner en liberté. Marx se retournerait dans sa tombe s’il me lisait, pardon à lui, mais sa part de voix en ce moment me semble déjà bien représentée.
La plupart de ces sociétés de gestion sont américaines. S’il fallait nommer quelques leaders mondiaux du PE, les voici : BlackStone donc, KKR, Carlyle, Apollo, et d’autres encore. La plus grande société au monde de gestion d’actifs est BlackRock. Comme la plupart des leaders mondiaux, elle n’investit pas seulement en PE mais dans toutes les classes d’actifs. Cela lui permet de détenir sous gestion environ 10 000 milliards de dollars d’actifs et d’être valorisée un peu plus de 110 milliards de dollars à la bourse de New York. Et comme il faut bien un PDG à BlackRock, voici son nom si vous ne l’avez jamais entendu : Larry Fink. Mes enfants vous diraient qu’il pèse dans le game. L’écouter, mais surtout le lire dans sa lettre annuelle aux investisseurs vous aidera toujours à mieux décrypter notre monde. Evidemment, avec lui comme avec n’importe qui, vous ne serez pas toujours d’accord avec ses dires. Mais bon, il est n°1 de la n°1, tendez quand même un peu l’oreille.
En tenue d’Eve
Antoine nage comme un poisson dans l’eau dans ce monde comme vous dans votre baignoire. Il est en costume avec ou sans cravate quand vous êtes en tenue d’Eve. Avec l’IPEM qu’il dirige, il aide ces deux mondes, LP’s et GP’s, à mieux se connaître, à mieux s’évaluer, en un mot, à se faire confiance.
La confiance, nous nous arrêtons sur ce mot pendant l’épisode du jour. Les montants en jeu sont tels qu’il faut une confiance inébranlable par les LP’s dans les GP’s pour leur confier leurs fonds. Et puis il faut une confiance inébranlable en l’avenir par les GP’s pour investir dans les sociétés en faisant le pari qu’elles grandiront. Le métier d’investisseur, c’est un métier de confiance. Le métier d’investisseur, une fois passés ses turpitudes techniques, ses contraintes réglementaires, ses centaines de réunions en Conseil d’Administration, ses rencontres par milliers avec les dirigeants, ses excel jusqu’à la 1048576ème ligne (il n’y en a plus après), ses nuits sans compter en due diligences pour des investissements millimétrés, une fois passés ses travers autant que ses préjugés, et bien le métier d’investisseur, c’est regarder positivement l’avenir.
Vous m’accorderez j’espère qu’en ces temps troublés, nous en avons bien besoin.
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Voilà pourquoi quand Antoine demandera à Stephen Schwarzman s’il va bien, il lui répondra toujours « I’m always alright ! »
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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