Viser les étoiles
Et nous revoilà à parler d’éducation, cette fois-ci après le bac.
Je prenais un verre cette semaine avec un ami que je n’avais pas vu depuis 10 ans. Il est comme moi diplômé des Ponts et Chaussées. Il est comme moi, aimait les sciences, a passé quelques concours et en a réussi au moins un dans son ensemble. Il est comme moi, a atterri rue des Saints Pères.
Les Ponts et Chaussées (ENPC) n’ont plus le privilège d’être au cœur de Paris. La faculté de médecine était littéralement en face des Ponts. Elle accueillait souvent une majorité de jeunes femmes. Or en matière de présence féminine, l’ENPC n’a jamais brillé. Osons le mot, c’était tout de même un petit problème. Je n’ai personnellement jamais traversé le trottoir pour aller voir en face mais me rappelle bien du contraire. J’observe donc d’un œil nouveau les amies de ma fille aînée en médecine à Créteil en me demandant si elles sont aussi fêtardes que celles les ayant précédées 30 ans plus tôt. La réponse est dans la question.
J’espère que vous ne verrez pas mon souvenir de l’école qui m’a formé en dernier comme une marque de vanterie. C’est un peu le sujet de la semaine. Et puis quand on rejoint les Ponts, c’est souvent que l’on a raté Polytechnique. Je n’ai pas échappé à la règle.
Polytechnique
C’est une bonne chose pour moi de ne pas avoir intégré l’X. Je m’en souviens encore. J’étais vraiment au bout de mes capacités physiques à la fin des concours et l’épreuve de l’oral de Polytechnique arrivait à la toute fin. J’étais usé, j’avais donné tout ce que mon corps pouvait donner dans la bataille. Surtout, je craignais d’avoir à travailler l’année d’après pour rester au niveau de mes camarades. Je le savais intérieurement, je n’en avais pas la force. Quand ma mère qui regardait le minitel (!) tous les matins est venue m’indiquer que je n’avais pas été admis à l’oral, j’étais entre une tartine de beurre et mon thé. Surtout, j’étais soulagé. Et puis je vous dois cette confidence. J’ai rencontré mon épouse sur les bancs des Ponts, plus exactement en allant jouer au tennis en face du bâtiment principal. Quand je vous dis que je n’étais plus en capacité de travailler après les concours…
Un concours présente beaucoup d’inconvénients pour sélectionner des étudiants. Mais il présente un immense avantage : tout le monde est logé à la même enseigne. Pas de passe-droit, pas de sélection par le nom, l’argent ou la couleur de peau, ce qui est maintenant souvent le cas aux Etats-Unis pour entrer dans les meilleures universités. Pour entrer dans les meilleures écoles, il faut bien à la fin un processus de sélection. La vie professionnelle est souvent ainsi faite, n’en déplaise à celles et ceux qui nous expliquent que les notes et les classements, c’est vieux jeu. C’est vieux jeu, mais cela marchait. L’effondrement de notre système d’éducation national vient aussi de notre volonté disparue d’évaluer les élèves et d’indiquer au premier qu’il est meilleur que le second. Ce n’est pas un drame de savoir que vous n’êtes pas en tête de classe, même parfois en queue de peloton, dès lors que l’on vous tire vers le haut.
Polytechnique fut créée en pleine Révolution parce que le pays manquait d’ingénieurs. Pour l’anecdote, elle vit le jour le 7 vendémiaire de l’an III (28 septembre 1794). Naître un vendémiaire, je trouve que cela claque. Quant aux Ponts et Chaussées, l’école sortit de terre en 1716 sous Louis XV. HEC, c’est 1881. Ces dates donnent le tournis, aucune des écoles que je viens de citer n’a moins de 150 ans. Elles sont là, elles ont toujours été là, elles font partie de nos murs porteurs. Grégoire Genest que j’interviewe cette semaine veut rejoindre ce club avec l’école qu’il a créée.
Parcoursup
Si j’ai pris ce détour pour vous expliquer que je connais un peu le système des classes préparatoires en France et ce vers quoi elles mènent, ce n’est pas seulement que je suis bavard. C’est aussi pour vous dire que ce système a longtemps très bien fonctionné et qu’il fonctionne encore très bien. C’est aussi pour vous dire qu’il ne s’adapte pas à tous les étudiants. Il faut être prêt le jour J comme aux Jeux Olympiques. Est-ce à dire que vous ne l’étiez pas la veille ou que vous ne le seriez pas le lendemain ? Je suis absolument convaincu que de nombreux étudiants brillants errent dans notre système mais qu’ayant refusé le jeu des concours, ils ne savent pas eux-mêmes le potentiel qu’ils ont en eux. Heureusement, le système évolue, j’y viens.
J’ai donc revu mon ami des Ponts il y a quelques jours. Sa fille est en terminale. C’est une très bonne élève d’un très bon lycée. Il n’a pas fallu 5 minutes de conversation pour qu’il m’informe que sa fille qui avait candidaté à plusieurs classes préparatoires était sur de nombreuses listes d’attentes sur Parcoursup avec peu de chances qu’elle soit finalement sélectionnée. Il avait le moral dans les baskets et j’étais bien en peine de le consoler.
On ne dit pas assez le drame que Parcoursup est devenu pour nos enfants. J’en parle d’autant plus librement que j’ai eu à en remplir les cases pour mes enfants trois ans de suite et qu’une nouvelle édition m’attend l’année prochaine. Il faut en revoir totalement le fonctionnement. Son principal mérite est d’avoir facilité à de nombreux étudiants l’accès à de nombreuses formations . Si Parcoursup n’existait pas, certains de ces étudiants ne sauraient même pas que certaines formations existent.
La jeunesse est un paradis. Parcoursup vous apprend à en sortir dès la deuxième année de votre lycée. Il y a un peu de stalinisme dans Parcoursup : un algorithme aussi opaque votre café, des règles inconnues, des choix incompréhensibles et un interlocuteur qui vous dit « je ne peux rien faire » quand vous lui expliquez que « n’avoir rien ou presque » pour une bonne élève d’un bon lycée est au mieux déconnecté de la réalité, au pire, un immense gâchis et pas n’importe lequel, celui de votre fille. Et que donc vous n’accepterez jamais cette décision, surtout venant d’un ordinateur ayant l’intelligence émotionnelle de 0 et de 1 mis bout à bout.
Parcoursup a fini de mettre à terre un baccalauréat qui pourtant avait été bien conçu : les mêmes épreuves en même temps pour tous. Le bac avait cela de commun avec les concours que tous les élèves étaient évalués de la même manière, la sélection en moins. Un douze était toujours moins bon qu’un quatorze et meilleur qu’un dix. Ce n’est plus vrai depuis l’introduction du contrôle continu et l’hétérogénéité des notes distribuées par les professeurs. Vous l’aurez compris, Parcoursup a été dans ma famille une source de soucis et je dois bien le reconnaître ici, une forme de souffrance. Je me réjouis sincèrement pour vous si cela n’a pas été le cas. Pour les autres, cela ne vous consolera pas, mais sachez que vous n’êtes pas seul.
Albert Einstein
C’est sans surprise donc que de nombreux parents se demandent comment faire sans Parcoursup. C’est ce que m’a immédiatement dit cet ami que je venais juste de retrouver. « Si j’avais su, nous aurions préparé les plans B, C et D ». Il n’y a pas cinquante moyens : les études à l’étranger, les concours post bac et les rares sélections sur dossier post bac hors Parcoursup. Si votre enfant entre en Terminale, renseignez Parcoursup avec lui le plus sérieusement du monde. Et préparez un plan B.
Contourner Parcoursup se complique un peu plus encore quand il s’agit de viser une formation d’excellence. Sans être la seule, la voie la plus classique en France reste la classe préparatoire dont les candidatures passent par Parcoursup.
Mais j’ai le sentiment pour en parler régulièrement autour de moi que notre génération de parents regarde beaucoup plus pour leurs enfants à l’étranger que nos parents ne le faisaient pour nous. Ce n’est pas seulement un sentiment. En 2021, plus de 105 000 étudiants français sont partis en mobilité diplômante à l’étranger. Un chiffre en progression de 16% depuis 2016. Leurs destinations sont avant tout des pays voisins ou francophones : Belgique, Royaume-Uni, Canada, Suisse, Espagne (source: campusorg.org).
Pour les avoir regardées, elles ne sont pas si nombreuses ces universités à l’étranger tout à la fois de bon niveau et accessibles à des budgets raisonnables. Le nombre d’étudiants aux US à l’université chute essentiellement parce que le coût des études devient prohibitif. Ils étaient 21 millions en 2012-2013. Leur nombre a diminué à 19 millions en 2022-2023 alors que la population a crû dans le même temps.
Et puis c’est un fait, de nombreuses écoles post bac ont foisonné ces dernières années. Les formats de Bachelors (BBA) de 4 ans ont explosé avec beaucoup de formations de bon niveau. Ces BBA ouvrent la voie à des masters que l’on trouve dans le monde entier. La plupart des écoles de commerce intégrant des étudiants après des classes préparatoires le proposent aussi désormais. L’ESSEC et l’ESCP ont été parmi les premières à proposer un tel cursus avec un concours juste à la sortie du baccalauréat. Mes deux aînés ont rejoint de tels parcours, l’un au Canada, l’autre en France. Pour notre dernière qui s’intéresse à des études de vétérinaire, nous savons que les carottes sont déjà cuites. Nous regardons entre autres la Roumanie.
Vous l’avez compris, notre système post bac est en train de profondément changer. Ce qui ne change pas pourtant, c’est le classement des grandes écoles post prépa en France. On retrouve toujours les mêmes : l’X, les Mines, Centrale d’une part, HEC, ESSEC, ESCP d’autre part.
Dans ce bouillonnement de nouveaux cursus, la question de l’excellence revient régulièrement. Comment former des élites dans un univers sans cesse changeant où une compétence acquise hier ne vaut potentiellement plus grand-chose demain ? Toutes ces écoles vieilles de 150 ans et plus se posent la question et y répondent du mieux qu’elles peuvent.
Et puis il y a ce jeune homme, Grégoire, qui tente d’y répondre à sa façon. Il a créé Albert School en référence à Albert Einstein. Grégoire souhaite hisser son école au top des classements. J’ai franchement été bluffé: sa vision, ses investisseurs de premier plan, son partenariat avec l’école des Mines de Paris, le programme pédagogique, l’omniprésence des entreprises dans le cursus, tout semble en place pour réussir.
Que propose Albert School ? Comment y rentrer? Comment notre système évolue-t-il? Réponses dans l’épisode de la semaine.
C’est frais, mais c’est surtout passionnant pour des parents qui comme tous les parents de la Terre se posent la même question « Quelles études fera mon enfant plus tard ? ». Là, malheureusement, la réponse n’est pas dans l’épisode !
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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