S’effacer
Si vous écoutez l’épisode de la semaine, vous comprendrez vite que j’ai une petite histoire en commun avec Energy Pool. Olivier Baud s’était rapproché de Capgemini Invent au moment où il discutait avec Schneider Electric qui allait devenir son actionnaire. Nous étions en 2008. J’avais eu la chance à l’époque de découvrir le projet mais également l’homme. Je m’étais alors plongé dans ce marché que je découvrais, « le demand response ».
Le demand response est l’ensemble des outils permettant d’équilibrer à tout instant l’offre et la demande électrique sur un réseau. Il faut être un peu geek pour trouver ce sujet passionnant. Je vous prie de m’excuser, je le suis quelque peu.
A priori, quand la demande augmente par exemple en soirée quand tout le monde lance sa soupe sur la cuisinière électrique puis passe à table sous la lumière du plafonnier, on demande à une nouvelle centrale de produire des électrons. Quand la demande diminue après le dîner et que le lave-vaisselle a fini de tourner, on demande à la même centrale de fermer le robinet. « Facile ». Le réseau électrique a fonctionné historiquement comme cela.
Step by step
Nos parents ont introduit quelques subtilités comme de produire des électrons même lorsque nous n’en avons pas besoin, par exemple quand l’Allemagne à côté, elle, en manque. Cela marche dans les deux sens, souvenez-vous nos frayeurs de l’hiver 2022-2023 où nous craignions d’être coupés. La douceur de l’hiver et l’Allemagne s’étaient tenus la main pour nous sauver.
Ils se sont aussi servis de l’eau des lacs en montagne. En pompant l’eau à certains moments de l’année puis en libérant cette même eau accumulée en hauteur pour y faire tourner des turbines, ils consommaient puis produisaient de l’électricité à des moments différents. Cela fonctionne toujours aussi efficacement. On pompe l’eau quand l’électricité est peu chère et que la demande électrique est faible. On la libère quand les prix s’affolent sur les marchés et que la demande est élevée. Ces stations de pompage (STEP) existent depuis longtemps. Elles ont proliféré à la fin du siècle dernier. Les six plus grandes STEP en France représentent l’équivalent de la puissance de quatre réacteurs nucléaires. Sauf qu’elles sont bien plus flexibles et qu’elles consomment de l’électricité pour en produire avec un bilan énergétique globalement négatif. Non non, n’y pensez pas: on ne peut pas remplacer une centrale nucléaire par une STEP…
Le monde s’est complexifié, le réseau électrique aussi.
S’effacer
Je ne vous raconterai pas ici tous les outils mis en place par le RTE pour équilibrer le réseau. Ce serait ennuyeux et je crains avec le temps être devenu moins alerte sur le sujet que je ne le fus. Retenez déjà qu’Energy Pool est en capacité de demander à ses partenaires industriels de diminuer leur consommation si le RTE le leur demande. A vrai dire, ils ont passé l’étape de « demander ». Ils « prennent la main à distance » sur les installations. Plutôt donc que de produire plus quand le demande des ménages augmente, Energy Pool facilite la diminution de la demande des entreprises et contribue ainsi à équilibrer le réseau électrique.
Vous devinerez sans peine la complexité induite par la demande faite par Energy Pool à ses fournisseurs industriels de « s’effacer » (comprendre diminuer temporairement leur consommation d’électricité). S’ils sont d’accord, si leurs process permettent de le faire – ce qui n’est pas toujours le cas – , ces industriels doivent estimer les pertes économiques liées à la diminution ou à l’arrêt de leurs process et exiger une contrepartie financière qui couvre ces pertes et un peu plus que cela. Il revient parfois plus cher de manufacturer que de se faire rémunérer pour ne pas manufacturer. Cette logique pas complètement évidente de prime abord va croissante quand les prix de l’électricité augmentent.
Chaque secteur manufacturier, chaque société, chaque usine, chaque machine est différente. C’est là une expertise parmi d’autres d’Energy Pool.
L’utilité d’Energy Pool dans le monde tout électrique vers lequel nous nous dirigeons ne fait pas l’ombre d’un doute. C’est ce qui explique la croissance folle de la société. Elle réalisait 10M€ de CA en 2017. Ce sera 100M€ cette année et 1 milliard d’Euros en 2030. Il faut croître à une vitesse un peu inférieure à 50% chaque année pour atteindre de tels sommets.
Ces chiffres n’impressionnent pas vraiment Olivier. Ce qui l’intéresse, c’est l’impact qu’il laissera avec son équipe avant de partir. C’est le modèle de société qu’il est en train de créer. C’est l’héritage qu’il donnera à ses filles. Celui-ci sera immatériel, elles ont refusé de devenir un jour actionnaires de la société ou d’en récolter les fruits. L’essentiel ira vers une fondation.
Dans un bar à Yaoundé
Chez les Baud, et pas seulement chez le père donc, on a du caractère. C’est ce qui m’avait immédiatement séduit chez Olivier quand j’avais fait sa rencontre. Beaucoup des traits de sa personnalité m’avaient plu. Son côté direct, jamais provoquant pour le plaisir de l’être mais toujours sur le thème « voilà ce que je pense, c’est à prendre ou à laisser ». Son art de la litote. Son goût absolu pour le réel et le terrain qui nous manque tant parfois. Le management qu’il a dans la peau. Avec Olivier, on se sent tout à la fois à la campagne dans les prés, dans une fonderie avec casque et bottes de sécurité à discuter avec les opérateurs, à boire tranquillement une Castel Beer dans un bar à Yaoundé dans l’attente d’une rencontre le lendemain avec le ministre de l’énergie du pays. Avec Olivier, la vie est riche de variété. La vie est vraie. On ne s’ennuie jamais.
Energy Pool est encore confidentielle. Croyez-moi, elle sera de plus en plus présente dans les journaux économiques quand ils parleront de transition énergétique, c’est-à-dire tous les jours. Non pas qu’Olivier soit intéressé par les media – il n’en a cure – mais des acteurs comme Energy Pool vont devenir systémiques pour de nombreux pays.
Que les plus écologistes d’entre nous qui me lisent aujourd’hui ne se racontent pas non plus d’histoires. Si Energy Pool et ses concurrentes en train de fleurir un peu partout sur la planète sont plus que bienvenues dans la résolution de notre problème de réchauffement global, elles ne peuvent être seules à cette solution. Olivier le dit lui-même. Vivre nécessite de l’énergie. Energy Pool ne changera rien à cela.
Si vivre nécessite de produire et consommer de l’énergie et si Energy Pool aide à moins produire et moins consommer cette énergie, permettez-moi ce raccourci : Energy Pool nous aide à vivre.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
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