Des COP
Le hasard a voulu que je découvre récemment une reprise blues par Julia Stone de Beds Are Burning des Midnight Oil. Si vous êtes de ma génération, vous avez très certainement dansé sur ce rock australien. J’avais douze ans quand le tube fit le tour du monde. Je ne me rappelle pas avoir écouté un titre au message écologique avant cette date, le clip est plus bas dans cette lettre.
Je n’aurais pas été ravi de voir Peter Garrett chanteur du groupe frapper à ma porte accompagné de l’une de mes filles le regardant avec des étoiles dans les yeux. Instinct paternel de protection probablement un peu idiot fait d’a priori (pas toujours faux) relatifs à ces chanteurs de rock et plus particulièrement à ce grand gaillard de plus de 1,9m au crâne rasé et à la « gueule de taulard ». Il devint ministre de l’environnement australien en 2007 avant de prendre le siège de ministre de l’éducation en 2010. Ah ces a priori…
Avec Beds Are Burning, Peter Garrett nous avertissait déjà que nous « dansions pendant que nos lits brûlaient », comprendre « pendant que la planète brûlait ». Et ironie de l’histoire, il nous invitait à danser sur sa chanson. Nous étions en 1987 : le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était visionnaire.
L’année suivante naissait le GIEC.
En 1992, 4 ans après, 120 chefs d’Etat et de gouvernements de 189 pays se réunissaient à Rio de Janeiro lors du Sommet de la Terre et s’engageaient à se retrouver tous les ans lors des Conférences des Parties (COP).
La première COP se tint en 1995 à Berlin. Il y eut un peu de retard à l’allumage, mais les Etats gardèrent le rythme annuel comme ils en avaient convenu.
Il fallut attendre la COP21, en 2015, pour qu’une première étape significative soit franchie. Les Accords de Paris actèrent de l’engagement des Etats de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C d’ici 2100. Ces 1,5°C sont encore la référence aujourd’hui.
Nous voici aujourd’hui rendus à Dubai pour le COP28 présidée par le Sultan Al Jaber, président également d’ADNOC, première société pétrolière des Emirats Arabes Unis et détentrice des quatrièmes réserves de pétrole au monde. J’ai personnellement du mal à me convaincre que c’était une bonne idée de demander à un homme de scier la branche sur laquelle il est assis avec la planète entière en train de le regarder l’air de dire: « Chiche? ». Al Gore, ancien Vice-Président des Etats-Unis à qui nous devons d’avoir pris conscience collectivement de la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique avec son documentaire Une vérité qui dérange, le dit en des mots moins feutrés : « C’était une erreur d’avoir nommé cet homme à la présidence de la COP ».
C’est sans grande surprise que le Sultan invite depuis quelques jours les membres de l’OPEP à se ranger derrière sa position consistant à ne pas mettre fin aux énergies fossiles au risque sinon de revenir à l’âge des cavernes (sic). Il y a là un numéro d’équilibriste qui ne va pas pouvoir tenir très longtemps. Arrêt des énergies fossiles ou thermomètre en hausse, il faudra un jour choisir. Et puis c’est un peu facile de le pointer du doigt: nous ne sommes pas obligés de lui acheter ce qu’il a à nous vendre. Dans cette affaire, les drogués au pétrole et au gaz, c’est nous.
Qu’attendre donc vraiment de ces COP et plus spécifiquement de cette 28ème édition présidée par un homme dont les intérêts sont contraires au but recherché?
D’abord une prise de conscience plus grande qu’elle ne l’était déjà. Mais nous tendons vers l’asymptote en matière de prise de conscience, donc rien de vraiment neuf sous le soleil si vous me permettez l’expression.
Les COP n’aboutissent à rien de contraignant pour les Etats, seulement des promesses qu’il est tout aussi impossible de ne pas faire que de tenir. C’est là toute la limite des COP. Elles sont à la fois nécessaires et inutiles. Nécessaires, parce que discuter d’un problème, et pas des moindres, fait toujours avancer vers une solution. Inutiles, parce que nous attendons tous sans vraiment y croire des actions et des résultats, pas une déclaration finale où chaque mot sera pesé et soupesé et seulement cela.
Inutiles vraiment ces COP ? Dans le chaos du monde, je perçois positivement l’envie de nos dirigeants de se retrouver pour discuter du premier problème de santé de notre planète avec l’extinction de la biodiversité. Ils discutent, c’est déjà pas mal. C’est peu, j’en conviens, mais c’est déjà mieux que de s’envoyer des obus sur la tête, domaine dans lequel notre courbe d’expérience augmente en ce moment au moins aussi vite que la température du globe. Je ne prends pas beaucoup de risques à faire l’hypothèse ici que nos dirigeants ne parlent pas seulement entre eux d’écologie, mais de tout ce qui les préoccupe. Les COP sont un instrument de paix. Notre monde se porte bien mieux avec que sans malgré les critiques légitimes qu’elles endurent.
Sans surprise nous disent les experts du GIEC, nous ne sommes pas du tout sur une trajectoire pour espérer un ralentissement du réchauffement de la planète d’ici quelques dizaines d’années. Au rythme actuel, la température du globe s’élèvera de 2,7°C d’ici 2100. Cela, c’est pour la mauvaise nouvelle.
Il y a heureusement de quoi se réjouir de quelques nouvelles de poids. Les chiffres que vous voyez ci-après proviennent tous de l’IEA (iea.org) :
- Premier émetteur au monde avec 12,1Gt, la Chine a vu ses émissions commencer à décliner. Certes, le -0,2% n’a rien de génial, mais avant d’être sur une pente descendante il faut bien passer par un point d’inflexion. Ce que fait la Chine dans le nucléaire et les énergies renouvelables est juste inimaginable. Allez voir ;
- L’Europe a contribué à réduire les émissions de CO2 de l’ordre de 150Mt entre 2021 et 2022. Le continent continue sur une trajectoire de découplage croissance/émissions de C02 ;
- Les énergies renouvelables mobilisent des investissements sans précédent. Ils sont maintenant une fois et demi-supérieurs (1,8 Trillion de USD) à ceux dans les énergies fossiles (1,1 Trillion de USD). A titre illustratif, les capacités solaires dans le monde ont fait plus que quadrupler en seulement 7 ans. Sans leur mise en service, l’augmentation des émissions de CO2 de 2021 à 2022 de 321Mt aurait été triple ;
- Après une décroissance du rôle du nucléaire dans le mix électrique mondial causée par Fukushima, cette technologie retrouve une forme d’engouement. Vingt pays dont la France et les Etats-Unis appellent depuis Dubaï à un triplement des capacités de production électrique nucléaire d’ici 2050. Un tel rythme est impossible à tenir mais l’intention est là. L’avenir du nucléaire est vraisemblablement aussi dans les nouvelles technologies de micro générateurs (SME et AMR);
- Enfin, les technologies de stockage de CO2 focalisent de plus en plus d’attention.
Pour rappel, la France représente environ 1% des émissions de C02 de la planète et le double si on inclut les émissions liées à nos importations. Cela ne doit en aucun cas être motif à notre inaction, mais disons-le sans ambages au risque ici de choquer. Notre action locale n’aura pour ainsi dire qu’un effet très limité sur le réchauffement climatique global. 2% au maximum.
En France, en qualité de consommateurs, agissons, changeons nos comportements pour nous concentrer sur l’essentiel, faisons notre part d’effort collectif, préparons-nous. Mais de grâce, continuons de vivre! Restons lucides sur l’impact marginal que nous aurons sur le mur de chaleur en train de se dresser devant nous. C’est surtout en matière d’éducation que nous portons une responsabilité à moyen terme : nos enfants sont les dirigeants de demain. Il paraît que nous allons nous améliorer en sciences nous dit-on cette semaine. Cela tombe bien, l’énergie et le C02, cela se compte et cela se transforme!
A court terme, ce sont nos entreprises qui peuvent avoir un impact significatif. En réindustrialisant le pays, nous pouvons réduire de moitié notre empreinte carbone et éliminer celle liée à nos importations. En exportant leurs solutions neutres en carbone en Chine, en Inde, aux Etats-Unis et ailleurs encore, nos sociétés peuvent avoir un impact de portée mondiale. Ces pays sont demandeurs et nous aussi en quelque sorte.
Idex fait partie de ces entreprises qui montrent le chemin. Ecoutez Benjamin Frémeaux son PDG qui m’avait aidé à lancer le podcast Histoires d’Entreprises.
Martin
Un édito signé Martin Videlaine
Je m’appelle Martin Videlaine. J’ai créé et dirige BlueBirds. Nous proposons les services de 6 000 indépendants à haute valeur ajoutée, consultants freelances, managers de transition et experts en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
BlueBirds sponsorise Histoires d’Entreprises.
Recevez la newsletter Histoires Entreprises